Pendant des siècles, le kottab a occupé une place centrale dans la vie sociale et culturelle des villages égyptiens. Première institution éducative pour les enfants, il leur permettait d’apprendre la lecture, l’écriture et la mémorisation du Saint Coran. Bien avant la généralisation des écoles modernes, le kottab représentait un véritable phare du savoir et de l’éducation, formant des générations qui ont contribué au rayonnement culturel de la société égyptienne.
Les origines du kottab
L’apparition des kottabs en Égypte remonte aux premiers siècles de l’ère islamique, lorsque l’enseignement du Coran se faisait dans les mosquées et les zawiyas. Avec le temps, ces cercles d’apprentissage se sont transformés en institutions éducatives indépendantes appelées kottabs, où les enfants se réunissaient quotidiennement pour apprendre à réciter et mémoriser le Coran, tout en acquérant les bases de la langue arabe et du calcul.
Présents dans la plupart des villages et hameaux, les kottabs étaient généralement installés à proximité des mosquées ou dans la maison d’un cheikh chargé de l’enseignement.
Le cheikh ou le faqih
L’enseignant du kottab, connu sous le nom de cheikh ou faqih, jouissait d’un grand respect au sein de la communauté villageoise. Son rôle ne se limitait pas à l’instruction des enfants : il était également une référence religieuse et morale, veillant à transmettre les valeurs de discipline, de respect et de bonne conduite.
L’enseignement reposait principalement sur des méthodes traditionnelles telles que la répétition, la mémorisation et la récitation collective des versets coraniques jusqu’à leur parfaite maîtrise.
Des outils simples au service de l’apprentissage
L’éducation dans les kottabs s’appuyait sur des moyens modestes adaptés à la vie rurale. Les élèves utilisaient des tablettes en bois sur lesquelles les versets étaient écrits avec une encre fabriquée à partir de matériaux naturels. Une fois les textes mémorisés, les tablettes étaient effacées puis réutilisées.
Les enfants s’asseyaient sur des nattes ou de simples bancs en bois dans une salle modeste ou une cour ouverte. Malgré ces ressources limitées, les kottabs ont largement contribué à la diffusion de l’instruction dans les campagnes égyptiennes et à la lutte contre l’analphabétisme pendant de longues périodes.
Un rôle éducatif et social
Le kottab n’était pas seulement un lieu consacré à la mémorisation du Coran. Il constituait une véritable institution éducative et sociale où les enfants apprenaient à lire et à écrire tout en assimilant les valeurs religieuses et morales. Il renforçait également les liens entre les familles et les habitants du village.
L’apprentissage du Coran était une source de fierté pour les familles. Lorsqu’un enfant achevait la mémorisation d’une partie importante du Livre saint ou du Coran dans son intégralité, une célébration appelée khatma était organisée en présence des proches et des voisins.
Le berceau de nombreux savants
Les kottabs égyptiens ont formé un grand nombre de savants, d’écrivains et de penseurs qui ont commencé leur parcours éducatif par la mémorisation du Coran dans leurs villages. Ces institutions modestes ont souvent constitué la première étape vers des études plus avancées, notamment à l’Azhar, l’une des plus prestigieuses institutions du monde musulman.
Un héritage toujours vivant
Avec le développement de l’enseignement moderne et des écoles publiques au cours du XXe siècle, le rôle traditionnel des kottabs a progressivement diminué. Toutefois, ils n’ont jamais complètement disparu. Dans plusieurs villages égyptiens, ils continuent d’assurer l’enseignement du Coran ainsi que des principes fondamentaux de la religion et de la langue arabe.





