
Un espace culturel et artistique unique, ouvrant de nouveaux horizons d’interaction avec l’art moderne et contemporain, ainsi qu’avec des écoles, des expériences et des cultures multiples: tel est le Musée de l’artiste Dr Farouk Hosni, ancien ministre de la Culture. Le musée a ouvert ses portes le samedi 10 janvier et présente une sélection d’œuvres reflétant le parcours artistique de plus de six décennies de Farouk Hosni, ainsi que ses collections personnelles d’œuvres de grands artistes égyptiens et internationaux.
Le musée constitue l’aboutissement d’une carrière artistique exceptionnelle qui s’est étendue sur plusieurs décennies, durant lesquelles Farouk Hosni a développé une expérience plastique nourrie par les éléments de la culture égyptienne et mondiale, forgeant au fil des années une signature visuelle singulière. Les œuvres exposées permettent une lecture complète des différentes étapes de l’évolution de son œuvre et de ses transformations esthétiques, depuis la figuration jusqu’à l’abstraction pure, devenue la caractéristique dominante de sa production dans ses phases les plus récentes.
Musée Farouk Hosni
Le musée présente des œuvres réalisées à différentes périodes, depuis les premières années d’études, en passant par les débuts artistiques, jusqu’aux productions les plus récentes, dans un parcours visuel retraçant l’évolution du style et l’accumulation de la vision artistique. Il figure ainsi parmi les premiers musées en Égypte et dans le monde arabe à rassembler un tel volume d’œuvres d’abstraction pure consacrées à un seul artiste.

L’expérience du musée ne se limite pas aux œuvres de Farouk Hosni : elle s’étend également à des collections artistiques de pionniers de l’art égyptien, parmi lesquels Mahmoud Saïd, Hamed Nada, Ragheb Ayad, Seif et Adham Wanly, Mounir Kanaan et Georges Sabbagh. À l’échelle internationale, le musée abrite des œuvres d’artistes tels que l’Espagnol Antoni Tàpies, le Français Jean-Baptiste Chardin, Cabanel, Poussin, ainsi que d’autres figures majeures.
Le musée comprend également une remarquable collection de sculptures réalisées par de grands artistes tels qu’Adam Henein, Mahmoud Mokhtar, Mahmoud Moussa, Tarek El-Koumi et Essam Darwich, entre autres. Il expose en outre une œuvre majeure de l’artiste italien de renommée mondiale Giorgio de Chirico.
Par ailleurs, le musée dispose d’une bibliothèque importante regroupant une sélection d’ouvrages artistiques, archéologiques et culturels en arabe et en langues étrangères, ainsi que de rares encyclopédies spécialisées. Il comprend également une bibliothèque musicale distinguée, réunissant des enregistrements rares de musique classique collectés au fil de longues années, notamment durant les périodes de résidence de l’artiste en France et à Rome.
Le musée abrite près de quatre-vingt-six œuvres de Farouk Hosni, trente-deux œuvres issues de collections artistiques, ainsi que trente-deux sculptures intérieures et extérieures réparties entre le jardin et les espaces internes du musée. Ces œuvres, réalisées en céramique, bronze, bois et granit, témoignent d’une grande richesse de matériaux et de styles artistiques.
Une plateforme de dialogue entre des expériences artistiques multiples


Dr Farouk Hosni affirme que les musées sont comparables à une école ou à une université. Compte tenu de la rareté de ce type d’art présenté au musée, celui-ci apportera un grand bénéfice aux jeunes et contribuera à l’avenir de l’art auprès des nouvelles générations dans le monde arabe.
Il déclare au magazine Icône que le musée est principalement un espace d’exposition, complété par une salle vidéo de présentation. Il constitue un outil éducatif majeur, non seulement à travers les œuvres de Farouk Hosni, mais aussi grâce à celles de grands artistes égyptiens et internationaux. Il souligne que le musée peut devenir une véritable plateforme de dialogue entre des expériences artistiques issues de différentes écoles et cultures, ce qui représente sa mission fondamentale.
Il insiste sur le rôle crucial des conférences et des débats, notamment pour faciliter la compréhension de l’art moderne et contemporain, qui nécessite sensibilisation, accompagnement intellectuel et émotionnel afin que l’œuvre parvienne pleinement au public. Il explique que le musée en lui-même représente une œuvre artistique : lorsque les œuvres sont exposées dans leurs dimensions réelles, dans un espace soigneusement conçu en termes de distribution et d’éclairage, elles créent une expérience sensorielle vécue par le visiteur. Le musée devient alors naturellement un repère et un guide, permettant au message artistique d’atteindre le public avec fluidité.
Le musée offre différents niveaux d’interaction selon le public. Farouk Hosni explique : « Certains visiteurs ont une soif de connaissance et de questionnement, et leur interaction apporte une valeur ajoutée. D’autres, en revanche, privilégient une réception silencieuse fondée sur la contemplation, ce qui est tout aussi nécessaire, car la contemplation procure au visiteur une sensation esthétique nouvelle et singulière. »

Il précise que le musée comprend une bibliothèque spécialisée en arts, une salle de projection de supports visuels, ainsi qu’une présence musicale venant soutenir l’expérience esthétique. Dès l’entrée par le jardin, le visiteur perçoit une vision plastique et une atmosphère musicale contribuant à approfondir le sentiment de beauté. Il note toutefois qu’il est actuellement difficile d’accueillir des performances ou des expériences artistiques interdisciplinaires au sein du musée.
Il ajoute que le musée fait partie de la Fondation Farouk Hosni pour la culture et les arts, dotée d’un conseil d’administration composé de personnalités expérimentées dans le travail collectif et l’action culturelle et artistique, garantissant la pérennité du musée et de ses programmes culturels.
Comment Farouk Hosni perçoit-il ses premières œuvres ?
La carrière artistique de Farouk Hosni s’étend sur plus de soixante ans, mais il considère que les années 1990 furent particulièrement généreuses, marquées par de grands formats de toiles, portés par une énergie physique, mentale et sensorielle intense. Il déclare : « Je suis très heureux de cette période, en particulier des années quatre-vingt-dix. »

Il ne cache pas son étonnement face à ses premières œuvres lorsqu’il les observe aujourd’hui : « Je suis surpris en voyant mes premières œuvres et je me demande comment j’ai pu réaliser cela à l’époque. Ces œuvres m’accompagnent encore aujourd’hui, et j’éprouve à leur égard un sentiment de gratitude plus que de critique. » Malgré la longueur de son parcours, une question continue de l’habiter : « Qu’est-ce qui me pousse à réaliser cette œuvre ? »
Concernant l’évolution de sa relation à la couleur, à l’espace et au vide au fil du temps, il affirme que la maturité de sa vision l’a rendu plus conscient dans le choix des surfaces colorées, de leur nature et de leur impact : « Chaque couleur possède sa signification et son effet. Le mouvement est un élément essentiel et fondamental ; il ne s’agit donc pas uniquement de la couleur, mais aussi du mouvement, qui constitue l’essence de la création et le moyen par lequel l’œuvre atteint le spectateur. »
Malgré son immersion dans les expériences et écoles artistiques mondiales, il conserve une empreinte égyptienne affirmée. Il explique : « Cela représentait un défi. Lorsque j’ai commencé l’abstraction, je ne savais pas vraiment ce que c’était ; je réalisais des œuvres en accord avec mon esprit. Par la suite, j’ai choisi de découvrir les grands abstraits du monde et de rencontrer des maîtres qui ont défié le temps et élargi les horizons de la vision. Il m’a fallu éviter toute imitation et tracer mon propre chemin, avec une signature claire et personnelle. » Il précise que les œuvres qu’il a collectionnées incarnent avant tout des valeurs artistiques élevées : « Je n’ai pas collectionné des noms, mais des valeurs esthétiques, que je porte avec moi dans ma vie, et je considère essentiel que la société égyptienne puisse les apprécier. »
Quant à son souhait pour le musée, il conclut : « J’espère que le visiteur repartira avec quelque chose de nouveau, qu’une force esthétique aura touché ses émotions, et que sa visite aura été une expérience riche laissant une empreinte profonde en lui. L’art que je propose s’adresse avant tout à l’âme ; il n’est pas lié au niveau social ou matériel. La question est simplement : l’âme reçoit-elle cet art ou non ? Moi, je m’adresse à l’âme avant tout. »





