Six mois après la chute de Kaboul et la débandade occidentale en Afghanistan, les États-Unis se sentent obligés de relever le défi que leur pose un rival stratégique, la Russie, certes militairement puissant mais moins prioritaire à leurs yeux que la Chine. Les tensions croissantes en Ukraine leur permettent toutefois de rassembler derrière eux des alliés européens apeurés, selon Le Monde Diplomatique, édition Mars 2022. L’évolution récente de la politique étrangère des États- Unis paraît si paradoxale que de nombreux commentateurs y ont perdu leur latin : d’un côté, le retrait hâtif et désordonné des troupes américaines d’Afghanistan nourrit le soupçon d’une grande puissance en déclin, qui n’hésite plus à jeter aux orties ses engagements internationaux ; de l’autre, sa réponse musclée aux desseins russes en Ukraine semble marquer un durcissement et le retour à une politique interventionniste ambitieuse. Cependant, aussi contradictoires que puissent paraître ces deux expressions de la politique étrangère américaine, elles illustrent une seule et même stratégie, visant à restaurer le statut du pays comme première super – puissance de la planète. La préservation de ce statut constitue l’objectif prioritaire des dirigeants américains depuis la fin de la guerre froide, et plus précisément depuis 1992, lorsque le ministère de la défense esquissa ses objectifs stratégiques à l’ère postsoviétique. Libéré de la menace d’un conflit militaire avec son ennemi de toujours, le Pentagone annonça que sa stratégie consisterait désormais à « empêcher l’émergence de tout concurrent potentiel sur la scène mondiale ». Ses stratèges ne firent pas mystère de ce que cela signifiait : consolider l’écrasante supériorité des forces militaires américaines et maintenir un solide réseau d’alliés de confiance. À première vue, la tâche ne paraissait pas insurmontable. Les États-Unis avaient facilement écrasé l’armée de style soviétique de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, et aucun autre pays à cette époque ne paraissait de taille pour résister à la domination américaine.





