J’ai découvert que le mot « vie » n’est pas son vrai nom. Simplement parce que l’on vit dans une tornade ; ce qui m’entoure, c’est la mort, la perte et la peine. Pourquoi est-ce que je marche sur un chemin sans fleurs, sans moi-même ? Tout s’envole dans l’air sans hésitation : la joie, le bonheur, les bons moments. Cependant, ce qui reste, ce sont les moments de larmes, les événements où l’on ne ressent que la perte. Pour moi, même les photos ne restent pas pour me donner de l’espoir.
Je ne veux pas exagérer comme certaines personnes qui veulent attirer l’attention et dire que toute leur famille est morte et qu’il ne leur reste personne. Mais la vérité, c’est qu’il n’y a pas de vie qui a décidé de commencer pour moi. Ma mère vit avec moi, mais pas à côté de moi. Elle est morte, mais elle n’est pas enterrée. J’ai décidé de la laisser à côté de mon cœur. Son squelette est pour moi la cendre de ma vie. Cette odeur, que la plupart des gens qualifieraient de nauséabonde, est pour moi l’odeur qui va me donner de l’espoir.
Chaque nuit, je pose mes mains tremblantes sur son cœur. Je lui raconte son histoire préférée : « … Le Reste ». Quand j’étais petite, on vivait dans une cabane en paille sans lit, sans salle de bain, sans cuisine, et branlante au moindre vent. Ma mère me lisait ce livre et je ne comprenais pas, mais à présent, quand je bouquine ce livre, je ressens chaque mot. Celui-ci montre qu’il y avait une vie (…) mais qui n’a pas de reste.
Vous savez, quand je chiale ou quand j’essaie d’abandonner cette vie, son câlin chaud, sa présence m’attirent pour rester avec elle. Parfois, j’ai peur de la perdre. Habituellement, je lui offre des fleurs pour qu’elle ne me laisse jamais.
Pas de nourriture, pas de bonjour, pas de moi, pas de toi, pas de « je t’aime ». Non, les gens me voient comme une folle. J… J… Je vis, mais d’une manière différente qui me fait plaisir, mais qui fait dire aux gens : « C’est qui, cette mendiante ? Elle est folle, elle. »
Quand les gens voient ce grand monticule de terre et cette cabane engloutie, ils se souviennent de la légende des deux squelettes qui ont été trouvés au sol et qui s’embrassaient.
Fin






