Comme une ville dont les rues se sont soudain éteintes,
personne ne me voit traverser les ponts de mon âme.
Je rassemble les morceaux de moi-même au bout d’un jour égaré,
et je range mon cœur fatigué comme une table abandonnée après des invités
qui n’ont laissé derrière eux que le désordre.
Je dis : « Je vais bien »,
et le miroir sourit en silence,
me renvoyant un visage devenu étranger…
tandis que j’apprends de nouveau le silence.
J’écris mon nom puis je l’efface,
comme si j’avais peur de trop m’attacher à mes propres lettres.
Je m’assieds près de mon âme,
et parfois nous nous taisons ensemble,
alors nous entendons quelque chose de minuscule battre malgré tout.
Il me murmure :
« Tu n’es pas perdue… tu n’es simplement pas encore arrivée. »
Et comme toujours, je repousse les larmes,
comme si pleurer était une promesse différée
que je redoute encore d’accomplir.
Que ma solitude enlace mon âme
telle une vieille amie durant les froides nuits d’hiver…
puis qu’elle s’y abandonne enfin,
comme si elle avait compris
que certaines compagnies ne se choisissent pas.
Et malgré tout cela,
une petite flamme en elle refuse encore de s’éteindre.
À chaque fois, elle lui souffle :
« Peut-être n’as-tu pas encore trouvé ton chemin…
mais tu ne seras pas perdue éternellement. »
Car l’égarée…
n’est pas la fin de l’histoire,
mais son commencement encore jamais écrit.
Je cache ma faiblesse dans les détails d’un jour ordinaire,
et je porte une force qui ne me ressemble pas,
mais qui pourtant m’enveloppe.
Je parle longuement à la nuit,
je lui fais des reproches parfois,
et d’autres fois je m’en fais une amie,
car elle seule ne me demande jamais : « Pourquoi ? »
J’ai pitié de mon cœur
comme d’un enfant épuisé par les pleurs,
et je lui murmure :
« Calme-toi, mon cœur… tout cela passera. »
Et dans les profondeurs de la fatigue,
là où aucune voix n’atteint,
naît un petit espoir
semblable à une marguerite courageuse
fendant la pierre du désespoir.
Je sais maintenant que le sentiment d’égarement
n’est pas une fin,
mais un chemin difficile
qui m’apprend à me retrouver moi-même…
Et j’arriverai,
non parce que la route est facile,
mais parce que je ne supporte plus de me perdre davantage.
Écrit par Aïda Mahmoud





