Une vaste étude génomique inédite place l’Egypte au cœur de la recherche mondiale en identifiant des millions de variations génétiques propres à sa population. Ce projet scientifique majeur ouvre la voie à la médecine personnalisée et renforce la souveraineté scientifique du pays.
Par Névine Ahmed
A l’heure où les avancées scientifiques redéfinissent les priorités des Etats, l’Egypte affirme sa volonté de s’imposer comme un acteur majeur dans le domaine de la recherche et de l’innovation, ce qui traduit une dynamique ambitieuse, portée par une vision stratégique à long terme. Au cœur de cette évolution, la génomique apparaît comme un levier essentiel pour transformer en profondeur le système de santé.
La publication d’une étude d’envergure sur le séquençage du génome égyptien marque ainsi une étape décisive dans cette trajectoire. Elle témoigne non-seulement des capacités scientifiques nationales, mais aussi d’un engagement à rattraper des décennies de sous-représentation dans la recherche internationale. Au-delà de la prouesse technique, ces travaux ouvrent des perspectives concrètes pour le développement de la médecine personnalisée. Ils s’inscrivent également dans une ambition plus large visant à renforcer la souveraineté scientifique du pays. Ce tournant intervient dans un contexte de coopération accrue entre institutions nationales et centres de recherche de premier plan. Il reflète, en outre, une volonté politique de placer la connaissance au service du développement et du bien-être des citoyens. Les textes qui suivent reviennent en détail sur les contours et les implications de cette avancée majeure.

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Dr Abdel Aziz Qonsowa, a annoncé la nouvelle en affirmant la réalisation d’une “avancée scientifique et historique sans précédent,” marquée par la publication des résultats de la plus vaste étude consacrée au séquençage complet du génome de milliers d’Egyptiens (1024 personnes) issus de 21 gouvernorats. Cette initiative positionne désormais l’Egypte sur la carte mondiale des génomes de référence, tant pour les populations contemporaines que pour les anciens Egyptiens. Elle ouvre la voie au développement de la médecine de précision dans le pays et s’inscrit dans les objectifs de la stratégie scientifique Egypte 2030.
Selon le ministre, ces travaux démontrent la capacité de l’Egypte à s’appuyer sur des compétences nationales et des infrastructures scientifiques de haut niveau, aptes à conduire des recherches d’envergure internationale. Les résultats de l’étude ont permis d’identifier près de 17 millions de variations génétiques inédites, jusqu’alors absentes des bases de données mondiales. Cette avancée offre à l’Egypte une référence génétique nationale propre, mettant fin à des décennies de sous-représentation du patrimoine génétique égyptien dans la recherche internationale.
Le ministre a souligné que les résultats de cette étude, publiés à l’échelle internationale avec la participation d’une élite de chercheurs égyptiens, ont permis d’identifier près de 17 millions de variations génétiques uniques jusqu’alors absentes des bases de données mondiales, comme susmentionné. Cette avancée révèle également l’existence d’une composante génétique spécifique aux Egyptiens, estimée à 18,5%, un élément clé pour mieux comprendre les particularités héréditaires de la population.
Ces résultats permettent d’expliquer, y compris pour le grand public, pourquoi les organismes égyptiens réagissent différemment aux maladies ou aux traitements par rapport à d’autres populations. Ils ouvrent ainsi la voie à l’ère de la “médecine personnalisée”, fondée sur l’adaptation des traitements au profil génétique de chaque individu. Dans ce contexte, la Dr Gina El-Fekki, présidente par intérim de l’Académie de recherche scientifique et de technologie, a indiqué que cet accomplissement constitue une mise en œuvre directe des orientations présidentielles visant à doter l’Égypte de capacités scientifiques souveraines. Elle a insisté sur le fait que ces résultats représentent une étape essentielle vers l’adoption d’un système de médecine personnalisée à l’échelle nationale.
De son côté, le Dr Moustafa El-Naqib, directeur du Centre de recherche et de médecine régénérative, a estimé que le succès du projet reflète une vision stratégique ambitieuse des autorités, fondée sur la mise en place d’infrastructures de recherche conformes aux standards internationaux, afin de proposer des solutions médicales innovantes et sûres.
L’étude met également en évidence l’importance d’une “calibration nationale” des modèles mondiaux d’évaluation des risques génétiques. Elle montre que l’utilisation exclusive de référentiels européens pour prédire certaines pathologies peut entraîner des marges d’erreur significatives pour la population égyptienne, notamment dans le cas des accidents vasculaires cérébraux et des maladies rénales. Le chercheur principal du projet, le Dr Khaled Amer, a qualifié cette étude de tournant majeur, mettant fin à la marginalisation de la signature génétique égyptienne à l’échelle mondiale. Selon lui, cette référence nationale permettra de redéfinir les stratégies de médecine préventive en Egypte sur des bases scientifiques plus précises.
Dans cet même esprit, le Dr Ahmed Moustafa, chef du département de bio-informatique au centre et professeur de science des données génomiques à l’Université américaine au Caire, a affirmé que les standards internationaux ne suffisent pas à eux seuls à garantir la précision médicale. Il a insisté sur la nécessité d’intégrer la spécificité génétique égyptienne pour améliorer la fiabilité des diagnostics et renforcer la santé publique.
Enfin, le porte-parole du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Dr Adel Abdel Ghaffar, a précisé que ce projet national est le fruit d’une coopération étroite et d’un partenariat stratégique entre plusieurs institutions. L’Académie de recherche scientifique et de technologie en a assuré le financement principal, tandis que les travaux ont été menés par le Centre de recherche et de médecine régénérative (ECRRM), relevant du ministère de la Défense, avec la participation du ministère de l’Enseignement supérieur, de l’Université américaine du Caire, de l’Université d’Alexandrie, ainsi que de plusieurs hôpitaux universitaires.





