L’art inspire régulièrement le cinéma, mais aussi les écrivains ! D’Émile Zola à Tracy Chevalier, Le Progrès Égyptien vous livre son palmarès des meilleurs romans sur l’art, qui ravira autant les amateurs de classiques que de littérature contemporaine.
Par Marwa Mourad
Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde
La beauté peut-elle être éternelle ? Jeune dandy londonien à l’aura magnétique, Dorian Gray pose pour le peintre Basil Hallward, qui fige sur la toile sa beauté angélique. Or, sous l’influence perverse de Lord Henry Wotton, hédoniste cynique, le jeune Dorian formule un vœu fatal : que le tableau vieillisse à sa place. La prophétie se réalise… Alors qu’il s’enfonce dans une spirale infernale de plaisirs décadents et de crimes inavoués, son visage, tel un masque, demeure intacte et pur. Seul son portrait, remisé dans les combles de sa maison, revêt les stigmates de sa vie dissolue et sa beauté se fane à mesure que les rides s’impriment sur sa peau. Chef-d’œuvre absolu de la littérature victorienne et unique roman d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (1890) plonge le lecteur entre les salons dorés de l’aristocratie victorienne et les taudis de l’East End. Ce récit sulfureux, qui s’est imposé comme un véritable manifeste de l’esprit fin-de-siècle, n’a quant à lui pas pris une ride !
La Jeune Fille à la perle de Tracy Chevalier
Dans La Jeune Fille à la perle (1999), Tracy Chevalier imagine l’histoire cachée derrière le célèbre tableau éponyme de Vermeer : le portrait sensuel d’une mystérieuse jeune fille au regard lumineux. La romancière américano-britannique lui invente une identité : Griet, une ravissante servante engagée dans la maison du peintre à Delft, au XVIIe siècle. Peu à peu, une attirance naît entre elle et l’artiste, charmé par sa pureté et son regard sensible. Douée pour arranger les couleurs et observer les nuances du ciel, elle est la seule à avoir le droit de pénétrer dans son atelier, où elle finit par devenir son modèle secret, attisant convoitises et jalousies… Tracy Chevalier mêle subtilement fiction et réalité historique dans ce roman délicat où chaque scène possède la beauté pure et intimiste d’un tableau du maître. Un best-seller envoûtant dont l’adaptation au cinéma par Peter Webber (2003), avec Scarlett Johansson et Colin Firth, fait désormais partie des classiques.
Le Chef-d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac
À Paris, au XVIIe siècle, le jeune Nicolas Poussin découvre, fasciné, l’univers mystérieux de Frenhofer qui travaille depuis dix ans sur une toile secrète : le portrait de Catherine Lescault, qu’il surnomme « La Belle Noiseuse ». Pour ce peintre vieillissant, ce tableau incarne l’aboutissement de sa carrière, et même de sa vie entièrement consacrée à l’art. Obsédé, il ne peut s’empêcher de le retoucher, superposant à l’infini des couches de glacis et des corrections qui finissent par complètement dénaturer son grand œuvre. Quand Poussin, accompagné d’un autre artiste nommé Porbus parvient enfin à contempler la toile, il reste interdit face à ce qui ressemble à un chaos de couleurs et de matières, duquel n’émerge qu’un pied à la forme parfaite… Frenhofer a-t-il sombré dans la folie ou est-il, au contraire, un génie incompris ? Entre quête de l’absolu et destruction, Balzac signe un récit visionnaire qui, d’une certaine manière, annonce la grande déflagration de la révolution de l’art moderne.
Le Chardonneret de Donna Tartt
Alors qu’il visite le Metropolitan Museum of Art avec sa mère, Theo Decker, jeune New-Yorkais de treize ans, voit tout à coup sa vie basculer lorsqu’une une explosion ravage le musée. Blessé et désorienté, il s’enfuit après avoir commis un geste incompréhensible : le vol d’une toute petite toile, Le Chardonneret de Carel Fabritius, un maître hollandais du XVIIe siècle. Pour le garçon, qui a perdu sa mère dans l’attentat, l’œuvre fait figure de bouée de sauvetage. Trimbalé entre les familles d’accueil, l’ado ne se sépare jamais de son talisman envers lequel il nourrit bientôt une véritable obsession tout en noyant son traumatisme dans l’alcool et la drogue. Au fil des pages, la plume de Donna Tartt embarque le lecteur des salons huppés de Manhattan aux bas-fonds d’Amsterdam et suit la descente aux enfers de Théo, qui comme le frêle oiseau à la patte enchaînée de sa toile fétiche, semble prisonnier de son malheur. Couronné du prestigieux prix Pulitzer en 2014, ce roman-fleuve interroge la façon dont l’art nous transforme, nous sauve ou nous condamne…