Chacun de nous se rappelle les histoires de sa grandmère. Des histoires qui ont été héritées d’une génération à l’autre. Evidemment, chaque génération a ajouté sa propre sauce et a permis aux autres d’en goûter une nouvelle saveur.
Les histoires de grand-mère cherchent à rappeler aux adultes ces doux moments passés à l’ombre des persiennes à écouter les histoires de leurs aïeuls à l’âge de l’innocence.
Ne touche pas tant que la maîtresse n’est pas là ! (4)
Il était une fois une jeune femme qui ressemblait à une perle rare tant sa beauté était singulière. Elle vivait seule dans une hutte dans la forêt après avoir perdu ses parents. Malgré sa beauté, elle vivait dans une extrême indigence et une misère sans nulle autre pareille. Un jour, elle se faufila dans le château d’un chevalier et sa vie se transforma comme dans les contes de fées. Après la pauvreté, elle se prépara pour un mariage extraordinaire. Mais, la lune de miel n’a pas duré longtemps, les calomnieux ont réveillé les soupçons de son chevalier qui décida de la chasser du palais.
Après son acte, le chevalier pensa avoir triomphé sans savoir vraiment pourquoi aurait-il triomphé car la jeune beauté n’avait commis aucune erreur et n’a surtout pas été prise en flagrant délit. Mais, il se dit quand-même : «J’ai pu me débarrasser d’une future traitresse avant qu’elle ne brise mon cœur et ma vie ». Le lendemain à son réveil, le chevalier découvrit que la victoire d’hier s’est dissipé et qu’un immense chagrin s’est installé. Un vide sans pareil rongeait son cœur. Il se retira alors dans la petite maisonnette qui côtoyait le palais, mais ce lieu était loin de devenir son refuge. C’était malheureusement un éveil-douleur.
N’est-ce pas c’était là qu’il avait rencontré la jeune dame ? Fatigué, il décida de s’asseoir un moment dans la maisonnée et ferma ses yeux. C’est là qu’il fut réveillé par une voie aigue qui criait : «Ne touche pas tant que la maîtresse n’est pas là!». Au début, il ne croyait pas ses oreilles, la salle et la maisonnette étaient bel et bien vide. Il était seul, il a alors pris un verre d’eau, quand il entendit encore fois: «Ne touche pas tant que la maîtresse n’est pas là!» A chaque fois qu’il touchait un objet, la même phrase retentissait.
Les objets compatissaient avec la maîtresse du palais. Et, la contagion est devenue phénoménale : même au palais, les objets criaient les mêmes mots : « Ne touche pas tant que la maîtresse n’est pas là! » Les objets défendaient la maîtresse de la maison et essayait de réclamer ses droits. Mais, pas seulement les objets précieux qu’il possédait, c’était aussi les murs du palais, et plus que tout : son cœur. Son cœur se déchirait et plus sa souffrance augmentait, plus il se rendait compte que rien ne l’avait poussé à agir de la sorte. Rien, aucune preuve d’infidélité, ni de haine, ni d’indifférence de la part de sa princesse.
Il a beau cherché à résister au vide et à l’amertume qui se creusaient en lui : rien. Rien ne pouvait panser ses plaies, ni réconforter son âme. Puis, un jour, n’en pouvant plus, il décide de la chercher et la retrouver, mais où et comment pouvait-il le faire ? Elle n’avait ni adresse, ni famille. Quand il l’a chassée, il a retiré tout argent, tout bijou, il l’a même laissée en haillons. Désespéré, le chevalier a alors chargé ses soldats de la chercher dans les alentours et partout où ils le pouvaient.
En vain, la jeune femme demeurait introuvable, la souffrance incontournable, et les parois du palais criaient « Ne touche pas tant que la maîtresse n’est pas là ». Toutes les recherches n’ont abouti à rien. Elle avait disparu comme un rêve ou un mirage qui lui avait redonné vie pendant un laps de temps avant de s’éclipser à jamais. Il a commencé à réaliser qu’il avait perdu l’amour de sa vie et que cette femme était une véritable aubaine.