- Là où la foi rencontre la pierre
A Sohag, le mois de Ramadan ne se vit pas seulement dans l’intimité des foyers ou la ferveur des tables d’iftar. Il prend une dimension particulière dans les mosquées historiques de la ville, où spiritualité et mémoire se rejoignent sous les coupoles séculaires.
Par Névine Ahmed
Située en Haute-Egypte, la ville de Sohag abrite un patrimoine religieux d’une richesse remarquable. Chaque année, à la tombée de la nuit, les fidèles convergent vers ces édifices anciens, dont les murs portent les traces de siècles de dévotion. Les pierres, patinées par le temps, semblent elles-mêmes participer à la solennité des prières nocturnes.
La mosquée Al-Arif Billah : Quand les murs murmurent le “zikr”
La Mosquée Al-Arif Billah se dresse comme l’un des monuments religieux et patrimoniaux les plus emblématiques de la ville. Durant le mois de Ramadan, elle devient l’un des lieux les plus fréquentés, attirant des foules de fidèles venus chercher, au-delà de la prière, une expérience spirituelle enracinée dans l’histoire. Edifiée au VIIIe siècle de l’Hégire, la mosquée occupe un site empreint d’une profonde sacralité, en raison de sa proximité avec le mausolée d’Al-Arif Billah et plusieurs sépultures d’émirs. Cette présence funéraire confère à l’ensemble une atmosphère de recueillement singulière, oùmémoire des hommes et invocation divine semblent dialoguer dans un même souffle.

A l’appel de la prière du soir, les abords et les nefs se remplissent rapidement. Les rangs se resserrent, les épaules se frôlent dans un tableau d’unité et de ferveur. La prière de tarawih et les longues veillées de “qiyam” (prières nocturnes) attirent chaque nuit des habitants passionnés, attachés àaccomplir leurs dévotions dans l’enceinte de ce sanctuaire séculaire. Bien que la mosquée ait fait l’objet d’une rénovation en 1968, elle a su préserver son âme ancienne. Les visiteurs évoquent souvent une sérénité difficile à décrire, une impression que le temps ralentit dès le seuil franchi.
La mosquée chinoise de Girga : Une empreinte ottomane
A Girga, la Mosquée chinoise se dresse comme un témoin vivant d’une époque où l’empreinte ottomane façonnait l’architecture religieuse en Haute-Egypte. Surnommée “la mosquée chinoise” en raison de certains détails décoratifs et de son esthétique singulière, elle constitue l’un des repères patrimoniaux majeurs de la région. Edifiée en 1117 de l’Hégire par l’émir Mohamed Bey Al-Fiqqari, figure influente de son temps, la mosquée a traversé les siècles en conservant son identité architecturale. Après une crue dévastatrice survenue en 1202 de l’Hégire, l’édifice fut restauré, consolidant sa place dans le paysage urbain et spirituel de la ville.

Implantée dans le quartier surélevé d’Al-Qaythariyya, la mosquée domine les environs. Ses murs en briques cuites, robustes et chaleureux, témoignent d’un savoir-faire ancien. Le plafond en bois, soigneusement travaillé, confère àl’intérieur une atmosphère intime et enveloppante, particulièrement appréciée durant les fraîches nuits de Ramadan.
Prier dans la mosquée chinoise de Girga, c’est renouer avec une continuité spirituelle et historique. Dans le silence ponctué par les récitations, l’héritage ottoman ne se réduit pas à une signature architecturale : il devient une présence sensible, presque palpable, qui accompagne les croyants dans leur recueillement.
La mosquée du prince Hassan à Akhmim : L’architecture au service de la foi
A Akhmim, ville chargée d’histoire dans le gouvernorat de Sohag, la mosquée du prince Hassan se distingue comme l’un des exemples les plus rares et raffinés de l’architecture islamique en Haute-Égypte. Construite au XIIe siècle de l’Hégire par le prince Hassan, fils du prince Mohamed, elle attire les amateurs de patrimoine et les fidèles par son originalité. L’une des particularités les plus marquantes de l’édifice réside dans ses colonnes en bois qui soutiennent le plafond, une caractéristique peu courante dans la région, conférant au lieu un caractère unique. Chaque poutre, chaque assemblage témoigne d’un savoir-faire ancien où esthétique et solidité se mêlent harmonieusement.

Pendant le mois sacré de Ramadan, la cour de la mosquée se transforme en véritable centre de rassemblement spirituel. Les rangs de prières s’allongent, les voix des fidèles s’élèvent dans les airs, et l’atmosphère se charge d’une ferveur particulière. Dans ces instants, les visiteurs ressentent une intensité spirituelle accrue, comme si le lieu réduisait la distance entre le passé et le présent, entre l’histoire et l’acte de foi. Entrer dans la mosquée du prince Hassan, c’est donc pénétrer dans un espace où l’architecture devient vecteur de mémoire et de recueillement. Le bois des colonnes, le rythme des arches et la lumière filtrée créent une harmonie qui relie générations après générations de croyants. Ce mariage entre patrimoine et piété offre aux fidèles une expérience unique : une immersion dans l’histoire vivante de la Haute-Égypte, tout en renouvelant chaque soir l’élan de la foi.
Tahta : Prier dans la lumière du cheikh Jalal Eddine
A Tahta, la mosquée cheikh Jalal Eddine se distingue comme l’un des monuments religieux et patrimoniaux les plus anciens et significatifs de la ville. Edifiée au VIIe siècle de l’Hégire et rénovée en 1273 de l’Hégire, elle incarne l’essence du style islamique traditionnel, dans sa forme la plus simple et la plus profonde. Pendant le mois de Ramadan, l’affluence des fidèles augmente de manière notable. Les prières de tarawih et les veillées nocturnes de “qiyam” deviennent des moments où la mosquée se remplit de vie et d’intensité spirituelle. Les rangs serrés, les voix qui se répondent dans l’espace sacré, transforment chaque prière en une véritable expérience immersive.

Ce qui frappe particulièrement les visiteurs, c’est l’harmonie entre l’architecture et la dévotion. Les murs, les arches et les détails anciens ne sont pas de simples éléments décoratifs : ils participent à la mise en scène du recueillement. Les fidèles ont le sentiment de prier au sein d’une véritable toile vivante, où chaque pierre, chaque détail, semble vibrer au rythme de leur foi. La mosquée du cheikh Jalal Eddine n’est donc pas seulement un lieu de culte, elle est un espace où l’Histoire et la spiritualité se rencontrent, où chaque nuit de Ramadan renouvelle le lien entre les générations de croyants et le patrimoine sacré de Tahta.




