Par Nermine Khattab
Si votre barquette de frites d’hier alimentait les avions de demain ? Vous ne l’attendiez pas, pourtant, c’est arrivé : l’huile de friture usagée est de plus en plus utilisée pour produire des biocarburants d’aviation durables (SAF). Moins polluant que le kérosène traditionnel, ces carburants alternatifs peuvent réduire jusqu’à 80 % des émissions de CO₂. Alors, solution miracle pour une aviation plus verte ou rêve inatteignable ? Pas si simple… Entre défis logistiques, fraudes à l’huile de palme et coûts élevés, le chemin vers des vols plus écolos est encore semé d’embûches.
Le ministre du Pétrole et des Ressources minérales a déclaré que le secteur pétrolier avait pris des initiatives et des mesures exécutives au cours de la période récente pour se lancer pour la première fois dans le domaine de la production durable de carburant d’aviation.
Le secteur, a-t-il dit, a commencé à préparer des études pour le premier projet de production, basé sur l’huile alimentaire usagée, et a développé une vision et une stratégie proposée pour sa mise en œuvre à travers l’Egyptian Petrochemical Holding Company, avec l’aide des institutions internationales pour préparer études et finaliser les premières étapes de préparation du projet et d’organisation du financement.
Cette déclaration a été faite lors de la réunion entre le ministre du Pétrole et les ministres de l’Aviation civile, de l’Environnement, du Commerce, de l’Industrie, du Commerce, de l’Agriculture, de la Bonification des terres, et du secteur d’affaires public.
L’entretien a porté sur la coopération entre ces ministères pour saisir toutes les capacités afin d’accélérer la mise en œuvre du projet, qui s’inscrit dans le cadre de l’orientation de l’Etat égyptien vers la réalisation du développement durable et vert.
Carburant d’aviation durable : un premier investissement qatari dans la zone économique du canal de Suez
Un accord de 200 millions $ a été signé entre l’Égypte et Al Mana Holding pour une unité de production de carburant d’aviation durable dans la zone économique du canal de Suez. Le site produira jusqu’à 200 000 t/an à partir d’huile usagée, avec des livraisons prévues fin 2027.
Le dimanche 14 décembre en marge du Forum d’affaires égypto-qatari tenu au Caire, l’Égypte a signé avec le conglomérat qatari Al Mana Holding un contrat pour un investissement initial de 200 millions USD dans un projet de production de carburant d’aviation durable (SAF). Ce projet qui sera implanté dans la zone intégrée de Sokhna bordant la Mer Rouge, constitue selon les autorités égyptiennes le premier investissement industriel qatari dans la zone économique du canal de Suez (SCZONE).
Il sera développé par une entité nouvellement créée, Saf Fly, et se déploiera en trois phases. La première prévoit une capacité de production annuelle estimée à 200 000 tonnes, incluant du SAF, du biopropane et du bionaphta, tous dérivés d’huile de cuisson usagée raffinée. Al Mana Holding a par ailleurs sécurisé un accord d’approvisionnement à long terme avec Shell, qui s’est engagé à acheter l’intégralité de la production du site. Les premières livraisons sont prévues d’ici la fin de l’année 2027, et cet engagement commercial garantit une visibilité sur les débouchés dès la mise en service de l’unité, limitant les risques liés à la commercialisation des carburants produits.
L’accord s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Égypte pour développer les carburants d’aviation bas carbone. Le jeudi 4 décembre, le pays a attribué sa première licence de production de SAF à l’Egyptian Sustainable Aviation Fuel Company (ESAF), filiale de la société publique de production pétrochimique (ECHEM), pour un projet distinct à Alexandrie.
Le Premier ministre Moustafa Madbouli, qui avait assisté à la signature du contrat, a déclaré que l’initiative avec Al Mana Holding reflète la dynamique positive des relations entre Le Caire et Doha. Il a souligné qu’elle s’inscrit dans une volonté politique commune de renforcer la coopération bilatérale, à travers des investissements conjoints et une intensification des échanges commerciaux.
Du côté de la zone industrielle, les autorités mettent en avant l’alignement du projet avec la stratégie locale de durabilité. Son président, Walid Gamal El-Din, a indiqué que le recours au carburant d’aviation durable permettrait une réduction des émissions nocives comprise entre 50 % et 80 % par rapport aux carburants conventionnels. Il a également souligné que la zone s’impose comme destination attractive pour les investissements industriels, grâce à ses infrastructures, à la diversité de ses sources énergétiques et à un cadre réglementaire incitatif.
À l’échelle internationale, le SAF est de plus en plus utilisé, avec plus de 360 000 vols commerciaux y ayant déjà eu recours, selon l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). En Afrique, des compagnies aériennes comme Ethiopian Airlines et Kenya Airways envisagent d’en utiliser au cours des prochaines années.





