


À la suite d’informations relayées sur certains sites d’actualité concernant la construction d’un bâtiment en béton au cœur de la zone archéologique de Deir el-Bahari, à Louxor, le ministère du Tourisme et des Antiquités a tenu à clarifier les faits, rappelant l’exigence constante qui guide ses interventions dans l’un des lieux les plus emblématiques de l’Égypte antique.
Selon le communiqué, le bâtiment mentionné n’est autre qu’un centre d’accueil des visiteurs, conçu pour améliorer les services destinés au public et aux guides touristiques. Un espace pensé pour recevoir les groupes, présenter le site et offrir un environnement sûr, stable et digne du prestige de ce haut lieu de mémoire.
Mohamed Abdel-Badi‘, président du secteur des Antiquités égyptiennes au Conseil suprême des Antiquités, explique que cette structure remplace un ancien édifice, démantelé après l’apparition de fissures, d’effondrements et de signes alarmants de fragilité menaçant la sécurité des visiteurs comme du personnel.
Les études géologiques conduites ont établi que Deir el-Bahari repose sur des couches argileuses sensibles, sujettes à l’érosion et à l’instabilité. C’est précisément cette nature géologique qui avait fragilisé l’ancien bâtiment, rendant sa démolition inévitable.
Le nouveau centre a donc été conçu après l’ensemble des études d’ingénierie requises et après l’approbation de la Commission permanente des antiquités égyptiennes, tant pour son emplacement que pour son architecture. Le ministère souligne que le bâtiment se situe désormais sur un sol ferme, stable, à l’écart du champ visuel principal du temple, afin de préserver l’intégrité du décor monumental et la panorama majestueux qui fait la renommée du lieu.
Le Dr Abdel-Ghaffar Wagdi, directeur général des Antiquités de Louxor, insiste sur la dimension technique du projet : systèmes de drainage autonomes, réservoirs sécurisés contre les fuites, dispositifs de sûreté incluant rayons X et portiques, climatisation centrale adaptée aux instruments sensibles… autant d’aménagements qui répondent aux standards internationaux pour un site fréquenté, classé et fragile.
La construction repose sur trois principes essentiels :
— sécurité des visiteurs et du personnel grâce à un ancrage solide ;
— harmonie visuelle, en dégageant l’axe central du temple ;
— exigence technique, en garantissant des installations modernes et sûres.
Ainsi, rappelle le ministère, tout est mis en œuvre pour préserver la singularité de Deir el-Bahari, protéger son patrimoine et maintenir l’excellence de son accueil.
Un amphithéâtre de pierre où résonnent trois millénaires d’histoire
Mais pour comprendre les enjeux de ce débat, il faut saisir la nature exceptionnelle du lieu concerné. Deir el-Bahari n’est pas seulement un site archéologique : c’est un théâtre minéral où l’histoire a superposé ses actes au fil de trois dynasties, trois visions, trois temples.
Adossé à la falaise de la chaîne libyque, sur la rive gauche du Nil, le site forme un vaste cirque rocheux, comme une conque tournée vers le fleuve et baignée de lumière. Son nom arabe, « Deir el-Bahari », signifie le monastère du Nord, héritage de sa réoccupation par les moines coptes à l’époque chrétienne.
Bien avant cela, dès le Moyen Empire, le lieu devint un espace funéraire privilégié, un sanctuaire de mémoire royale. C’est là que Mentouhotep II fit ériger son temple funéraire, inaugurant une nouvelle ère architecturale mêlant tombe et temple, affirmation d’un pouvoir renaissant après des temps de troubles.
Puis vint Hatchepsout, la grande reine-pharaon de la XVIIIᵉ dynastie, qui marqua le site de son empreinte indélébile. Son temple, Djeser-Djeseru, chef-d’œuvre conçu par l’architecte Senenmout, déploie trois terrasses monumentales adossées à la montagne, comme si la pierre elle-même s’était inclinée pour accueillir le génie humain. Ses rampes bordées autrefois de jardins, ses colonnades pures, ses bas-reliefs racontant l’expédition au pays de Pount ou sa naissance divine en font l’un des monuments les plus raffinés de la civilisation égyptienne.
Entre ces deux géants, l’ombre discrète mais essentielle du temple de Thoutmôsis III, construit plus tard au Nouvel Empire, complète ce triptyque sacré. Édifié sur une plateforme rocheuse et détruit probablement par un séisme, il fut redécouvert au XXᵉ siècle, livrant progressivement ses secrets.
Deir el-Bahari : Un héritage protégé, une mémoire vivante
À travers les siècles, le site a changé de fonction, de visage, d’usage. Les moines coptes, en y établissant un monastère, ont involontairement protégé les ruines pharaoniques. Puis vinrent les pionniers de l’égyptologie moderne : Mariette, Naville, Winlock, puis les fameuses missions polonaises, qui restaurèrent, consolidèrent, déblayèrent, recomposèrent.
Aujourd’hui encore, Deir el-Bahari demeure un lieu où se conjuguent science, ferveur et respect. Chaque mur restauré, chaque terrasse consolidée, chaque relief dégagé rappelle que la préservation d’un tel joyau n’est pas seulement un acte technique : c’est un hommage rendu à une civilisation qui a bâti pour l’éternité.
C’est aussi pour cela que l’implantation du nouveau centre d’accueil a suscité tant d’attention : à Deir el-Bahari, chaque pierre compte, chaque perspective compte, chaque intervention doit être pesée, évaluée, respectueuse.
Et c’est précisément ce que rappelle le ministère du Tourisme et des Antiquités : la protection de Deir el-Bahari n’est pas un choix, mais un devoir. Un devoir envers le passé, un devoir envers les visiteurs d’aujourd’hui, un devoir envers les générations qui viendront contempler, au fond de cette vallée de pierre, la beauté persistance de l’Égypte ancienne.





