Plat populaire emblématique de l’Égypte, le koshary fait son entrée au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Une reconnaissance qui s’inscrit dans la stratégie du pays pour valoriser sa culture vivante et renforcer son attractivité touristique.
Le koshary, ce mélange épicé de riz, lentilles et pâtes servi au coin des rues du Caire comme dans des restaurants prisés, a désormais un statut officiel : il est reconnu par l’Unesco comme élément du patrimoine culturel immatériel. Pour l’Égypte, l’annonce marque une étape supplémentaire dans la mise en valeur de son identité culturelle, alors que le pays multiplie les initiatives pour renforcer son attractivité touristique.
Cette inscription intervient un peu plus d’un mois après l’ouverture d’un vaste nouveau musée d’antiquités, destiné à réaffirmer la place centrale de l’histoire égyptienne dans le paysage culturel mondial. L’engagement de l’Égypte auprès de l’Unesco, désormais dirigée par Khaled El-Enany — ancien ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités —, s’affirme aussi par la mise en lumière de traditions vivantes, loin des seuls vestiges pharaoniques.
Les pâtes, auraient convergé sur le sol égyptien, façonnant au fil des siècles, la silhouette du koshary contemporain.
«Son nom peut être indien, mais le plat égyptien a sa forme propre – et même celle-ci varie d’Alexandrie à Assouan», poursuit Barakat. Variations régionales, déclinaisons familiales, recettes jalousement transmises… L’inscription à l’Unesco souligne ces nuances, notant par exemple l’usage traditionnel des lentilles jaunes sur la côte, quand Le Caire et la Haute-Égypte privilégient les lentilles noires. Certaines familles y ajoutent des œufs durs, tandis qu’un plat proche, le ma’dous, est populaire dans le Sinaï.
Toutes ces versions partagent néanmoins trois éléments fondamentaux : le riz, les lentilles, les pâtes — et surtout, ajoute la candidature égyptienne, « la saveur particulière apportée par le vinaigre, l’ail et la sauce piquante, dosés selon la préférence de chacun ».
Loin des tables cérémonielles, le koshary est devenu, au XX siècle, un marqueur social et culinaire de la vie urbaine. Restaurants spécialisés, échoppes ambulantes aux couleurs vives, cantines étudiantes… Le plat accompagne autant le déjeuner rapide des travailleurs que les soirées des familles.
Sa composition entièrement végétale l’a également popularisé auprès des Coptes en période de jeûne, ainsi que chez les jeunes Égyptiens adoptant une alimentation végétarienne. Son attrait, à la fois simple et généreux, explique sa longévité et son rôle unificateur dans un pays marqué par de fortes diversités culturelles internes.
Une inscription symbolique, mais stratégique pour l’Égypte
L’entrée du koshary sur la liste du patrimoine immatériel ne s’accompagne d’aucun financement direct, mais elle apporte une visibilité internationale supplémentaire. Elle permet aussi de replacer l’Égypte dans un panorama culinaire mondial où figurent déjà le couscous maghrébin, le ceviche sud-américain, ou encore, cette année, la cuisine italienne.
Le plat rejoint ainsi dix autres inscriptions égyptiennes, parmi lesquelles le tahteeb, art martial ancestral au bâton, ou encore la Sirat Bani Hilal, épopée orale qui se transmet de génération en génération. Pour l’Égypte, qui cherche à valoriser autant son patrimoine millénaire que ses pratiques contemporaines, cette inscription vient élargir le récit national : un pays où l’histoire ne se lit pas seulement dans la pierre, mais aussi — et surtout — dans les traditions vivantes.





