
Lorsque les sonorités cristallines de l’orgue électrique s’élèvent au cœur de la grande tradition musicale orientale, elles semblent parfois avoir toujours appartenu à cet univers. Pourtant, il fallut la singularité d’un artiste tel que Majdi El-Housseini pour que cet instrument, venu d’un autre horizon, trouve sa pleine résonance dans l’âme musicale arabe. Sous ses doigts, l’orgue ne demeure plus une simple nouveauté sonore : il devient une voix, un souffle, une couleur nouvelle au sein du tarab.
Majdi El-Housseini appartient à cette rare lignée de musiciens dont la virtuosité ne saurait se mesurer à la seule maîtrise technique. Son art procède d’une intelligence aiguë de la mélodie, d’une sensibilité exceptionnelle au rythme et d’une faculté singulière à faire dialoguer l’innovation avec l’héritage. C’est là que réside l’essentiel de son empreinte : avoir introduit la modernité dans l’univers musical arabe sans jamais en altérer l’identité, ni en troubler l’équilibre.
Au sein de la célèbre formation Al-Masiya, il affirme progressivement une personnalité instrumentale qui ne tarde pas à retenir l’attention des grandes figures de la scène égyptienne. Son jeu, tout à la fois précis, lumineux et d’une remarquable richesse expressive, lui permet de s’imposer parmi les instrumentistes les plus distingués de sa génération.
Mais c’est au contact des grandes voix de la chanson arabe que son parcours atteint une dimension d’exception.
Sa collaboration avec Abdel Halim Hafez demeure l’un des chapitres les plus emblématiques de son itinéraire artistique. Aux côtés de cette figure emblématique de la chanson arabe, son orgue ne se contente jamais d’accompagner la voix : il dialogue avec elle, l’enveloppe, lui répond et, parfois, semble en prolonger le souffle. Dans des œuvres majeures de son répertoire, notamment « Qare’at El-Fengan », ses interventions participent à cette alchimie sonore dont l’écho demeure profondément inscrit dans la mémoire musicale arabe.
Il travailla également auprès de grandes figures de la musique arabe, parmi lesquelles Oum Kalthoum, Mohamed Abdel Wahab et Farid El-Atrache. Évoluant auprès de ces géants, Majdi El-Housseini sut préserver une voix instrumentale qui n’appartenait qu’à lui, sans jamais céder à l’imitation ni se laisser absorber par l’éclat de ceux qui l’entouraient.
Chez lui, la virtuosité n’a jamais été une démonstration. Elle demeure une discipline secrète mise au service de la beauté, de l’émotion et de la mélodie. Il a su conférer à un instrument moderne une sensibilité profondément orientale, jusqu’à en effacer presque l’origine étrangère pour n’en laisser subsister que la voix, la couleur et l’âme.
Son héritage dépasse ainsi la seule maîtrise d’un clavier. Il réside dans cette œuvre subtile de rapprochement entre deux univers, dans cette manière rare de faire entrer la modernité au cœur de la tradition sans jamais la dépouiller de son essence. L’instrument, sous son interprétation, ne s’impose pas à la musique orientale : il s’y fond, jusqu’à en devenir l’une des expressions les plus personnelles.
Majdi El-Housseini demeure, à ce titre, l’une des signatures instrumentales les plus singulières de la musique arabe moderne : un virtuose dont les doigts n’ont pas seulement fait résonner un instrument, mais ont contribué à lui révéler le langage de l’Orient.
Et certains artistes interprètent la musique. Les plus rares parviennent à transformer leur instrument en mémoire.





