Par: Samir Abdel-Ghany







Du cœur de la Haute-Égypte, là où chaque grain de sable porte les traces d’une civilisation millénaire, est venu l’artiste Mamdouh Suleiman. Il portait en lui un héritage artistique foisonnant et des gènes de créativité transmis de génération en génération.
À son arrivée au Caire, il n’était pas venu pour être un simple artiste parmi d’autres : il voulait tracer une voie singulière, fusionnant le parfum envoûtant du Sud et l’âme vibrante de l’art moderne. Ses œuvres se dressaient comme un dialogue entre passé et présent, entre authenticité et contemporanéité.
Chaque trait dans ses toiles recelait un sens profond : parfois né d’une idée consciente, parfois d’un talent brut mûri par des années de contemplation et d’expérience. Il ne peignait pas les choses telles qu’elles étaient, mais les imprégnait de son empreinte intime et de sa présence humaine, les transformant en récits visuels. Ses tableaux étaient autant de récits d’une grande civilisation, livrant leurs secrets de génération en génération, réinterprétés par lui dans un style qui mêlait abstraction et expression.
Témoignage d’un fils : « Le poète qui peint »
Dans un entretien, son fils Mahmoud Mamdouh Suleiman évoque le parcours de son père :
« Mon père était un poète qui peignait sur le papier des poèmes de lumière. »
Et de confier une phrase souvent répétée par son père :
« Les choses dans leur virginité m’émerveillent… Les prémices des émotions sont magnifiques… Elles éveillent en moi les profondeurs de mon être inquiet… Entre le fracas des couleurs et le murmure du silence, je suis. »
Ces mots résument la philosophie artistique de Mamdouh Suleiman, qui dépassait le simple acte de peindre pour atteindre l’essence même des choses.
Son art ne restait pas enfermé dans les murs de l’atelier. Il emportait ses outils partout : il peignait les paysans, le Nil, les marchés, les cafés populaires, les fêtes, la joie des enfants à l’Aïd, les vieilles portes et les maisons anciennes. Plus qu’un peintre, il sculptait l’histoire moderne de l’Égypte. Ces pérégrinations artistiques furent le socle d’un parcours qui débuta dans les centres de la culture populaire en 1982, et qui le mena aux premiers Salons de la Jeunesse.
Une carrière au-delà des frontières
Son premier grand rendez-vous eut lieu en 1989 au Palais al-Nasr, suivi de plusieurs expositions marquantes : à l’Atelier du Caire (1990), au Centre culturel espagnol (1993), puis au Complexe des arts (1993). En 1994, il exposa au Centre culturel français, avant de franchir les frontières : ses œuvres furent présentées au Centre culturel égyptien de Paris en 1994 et 1995.
À son retour de France, il portait en lui la fierté des échos admiratifs des créateurs qui avaient trouvé dans ses dessins une « simplicité étonnante » et la beauté qu’ils recherchaient. Dès lors, il devint un invité régulier des galeries, où ses toiles continuaient de raconter l’âme et l’authenticité de l’Égypte.
L’éternité d’un héritage
Bien qu’il soit parti prématurément en 2008, à l’âge de 53 ans, son art demeure vivant, vibrant, immortel.
Son fils conclut :
« Il reste en mon cœur et dans celui de tous ceux qui aiment sa création. »
Aujourd’hui, il prépare une exposition rétrospective au sein de la galerie Art Corner, offrant aux nouvelles générations le témoignage d’un artiste qui n’a pas seulement peint sur papier, mais a laissé en héritage une histoire de beauté et de sagesse.
Il restera à jamais une figure de l’éternité… et un emblème de la véritable créativité.