Après avoir célébré les fêtes d’Al-Fitr et d’Al-Adha, les Egyptiens ont accueilli mardi dernier le Mouled du Prophète Mohamed (paix et salut sur lui). Pour commémorer ce jour marquant, chaque région a décliné ses propres traditions. Entre chants soufis, inchad spirituel, récitation des vertus du Prophète, des soirées artistiques et culturelles ont été organisées, aussi bien que des mets spéciaux. A chaque ville ses coutumes. Les festivités durent d’habitude pour trois jours d’affilée, sinon une semaine, notamment dans les régions disposant de “zawiyas”.
Le souk des “helwins” à Dessouk

Des aspects hérités depuis l’époque des fatimides, les confiseries confectionnées à l’occasion du Mouled du Prophète Mohamed sont une tradition que les Egyptiens tiennent à garder. En disant confiseries et sucreries du Mouled, il faut tout de suite se rappeler le souk des “helwins” (Le souk des beaux) dans la ville de Dessouk à Kafr Al-Cheikh, tout près de la fameuse mosquée de Sidi Ibrahim Al-Dessouki. Là, on excelle. Dans ce souk, on vend les sucreries spéciales du Mouled. Cette région est ancienne et remonte aux ères fatimide et ayyubide, lors desquelles on confectionnait, à une grande échelle, les confiseries spéciales lors des festivités musulmanes, notamment, le Mouled. L’importance du souk des “helwins” a augmenté à l’ère des Ottomans, qui ont ajouté leurs propres retouches au souk et ont affiché un intérêt spécial au culte soufi. Le souk des “helwins” vend ces confiseries durant toute l’année, mais pendant le Mouled, l’ambiance est toute autre : joie, liesse, floraison du mouvement de vente et d’achat, spiritualité et recueillement.
Nubie : Le Mouled au goût soufi
Les festivités du Mouled ont un autre goût en Nubie, tout comme les caractères et aspects particuliers de cette région du pays. Comme si un gros cercle et rassemblement de “zikr” (réciter les qualités du Prophète et les principes de l’islam), voilà comme décrit le hadj Abdel Hakim, expert du patrimoine nubien, les festivités du Mouled. De grands banquets offrent des mets copieux, purement nubiens, à cette occasion. Chaque maison prépare un plat spécial et se prépare pour cette festivité annuelle, une semaine avant, avec joie et liesse. Des chants soufis sont entendus partout, raconte-t-il encore. Des jus de tamarin, de girofle et de gingembre, avec des dattes, ainsi que des fèves vertes sont servis. Les gens portent des vêtements neufs. Les hommes des djellabas blanches et les femmes des robes multicolores. Au beau milieu du village nubien, l’on hisse un drapeau vert, pour annoncer ainsi le début des festivités.
Le Mouled aux yeux des coptes

Moïse est un messager, Issa est un messager et Mohamed est un messager… Prions et saluons tous les messagers de Dieu. Ce ne sont pas de simples paroles répétées par les Egyptiens, mais c’est une incarnation claire de cette union et cette cohésion entre les différentes tranches et catégories du peuple. Ce n’est pas étrange alors si vous trouvez des musulmans égyptiens en train d’installer l’arbre de Noël dans leurs maisons et le décorer avec joie, tout comme les chrétiens. Ni non plus donc bizarre de trouver des coptes égyptiens, accourant pour acheter les confiseries du Mouled et célébrant avec liesse comme les musulmans cette occasion religieuse. Une épopée d’amour, d’union et de coexistence, bien connue en Egypte. Joice George Adel est cette fillette copte, qui en rentrant de l’école, accourt pour ouvrir la boîte de confiseries du Mouled que son père tient à acheter chaque année lors des fêtes musulmanes. Heureuse, Joice choisit les sucreries qu’elle aime et les mange avec joie.
A Sohag, le Mouled est inspirateur

Les habitants de Sohag (Haute-Egypte) sont habitués à acheter les confiseries du Mouled, puisque c’est une saison et une occasion spéciale et particulière, où tout le monde vit des moments de gaîté et de spiritualité. Des moeurs et des coutumes datant des centaines d’années et que l’on garde jusqu’à nos jours, parce qu’elles sont propres aux Egyptiens. Pendant le Mouled, les rues de Sohag sont donc parées de tentes où l’on vend ces confiseries. Alors que sur les places publiques, ce sont les tentes du zikr qui sont installées. Tout le monde est content et souriant. Grand comme petit, on aime ces sucreries et on tient à les acheter chaque année. Elles apportent de la joie au coeur, affirment les habitants de Sohag, qui – en dépit parfois des pertes enregistrées au niveau de la vente de ces confiseries – tiennent à les vendre à chaque saison du Mouled.








