Par Samir Abdel-Ghany

Dans un paysage artistique vibrant, porté par l’enthousiasme d’un public nombreux lors du vernissage de l’exposition « Empreinte artistique », une conversation chaleureuse s’est nouée avec l’artiste Adham Shaker autour de ce moment rare où créateurs et visiteurs se retrouvent unis par une même passion. L’admiration se lisait dans les regards, se devinait dans les mots, notamment dans les éloges formulés par des figures majeures de la scène plastique, qui saluèrent la richesse des œuvres issues de l’atelier et la diversité des expériences présentées.
Autour de cette dynamique collective gravitaient plusieurs noms marquants, réunis sous l’impulsion sensible et passionnée de Hoss Ghanem. Pourtant, au cœur de cette effervescence, une présence se faisait sentir malgré l’absence : celle de Névine Nagi Daniel. « J’aurais tant aimé qu’elle soit parmi nous », confia Adham Shaker avec une sincérité empreinte de nostalgie. L’idée naquit alors de lui adresser autrement ce témoignage d’affection et de reconnaissance : par l’écriture, en donnant à voir son œuvre, afin que sa voix artistique demeure présente, au-delà de la distance. Deux jours plus tard, une réponse arriva, chargée de fidélité et de gratitude envers une artiste installée en France, mais dont le cœur demeure profondément ancré en Égypte.

Née en 1971 dans le quartier de Mohandessine, au Caire, Névine Nagi Daniel s’impose aujourd’hui comme l’une des voix expressives les plus singulières de l’art contemporain égyptien. Diplômée de la Faculté d’éducation artistique de Zamalek en 1993, elle s’est construite sur des bases académiques solides avant de s’orienter vers une voie personnelle, exigeante et rare : la gravure sur bois, l’une des techniques les plus anciennes et les plus difficiles de l’estampe.
Dans ses œuvres gravées, un langage puissant se déploie, fondé sur le contraste radical entre le noir et le blanc. Les lignes, audacieuses et incisives, semblent parfois se rapprocher du geste sculptural. La nature, les symboles humains universels et les résonances du patrimoine égyptien nourrissent son imaginaire. Ses compositions dépassent la simple forme pour atteindre une profondeur de sens, invitant le regard à une méditation silencieuse.
Lorsqu’elle se tourne vers la peinture, son univers s’adoucit sans perdre en intensité. Les couleurs, travaillées à l’huile ou à l’acrylique, s’organisent en strates sensibles où affleurent émotions et réflexions humaines. Cette alternance entre la rigueur graphique du noir et blanc et la richesse chromatique de ses toiles révèle une aptitude rare à circuler entre l’ombre et la lumière, entre la réflexion et l’élan intérieur. Chaque création devient ainsi une pièce unique, ou un tirage limité, portant une empreinte irréductible qui affirme que l’art véritable ne se reproduit pas, mais se vit.
Le parcours de Névine Nagi Daniel s’inscrit également dans une dimension internationale. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreuses expositions en Égypte et à l’étranger, notamment à Paris, où elle vit et travaille aujourd’hui. Ce va-et-vient entre Le Caire et la capitale française enrichit son langage artistique, lui conférant une portée humaine élargie. Elle transporte avec elle la mémoire visuelle de l’Égypte, tout en s’imprégnant des influences européennes, dans un dialogue fécond entre cultures.
Elle figure aussi parmi les fondateurs du projet ARTfingerprint, une initiative visant à documenter l’empreinte artistique propre à chaque créateur et à défendre la valeur du travail manuel face à la prolifération des reproductions numériques. Ce projet prolonge sa vision d’un art authentique, profondément lié au geste, à la matière et à l’identité.
Névine Nagi Daniel n’est pas seulement une artiste ; elle incarne une expérience humaine complète. Son art ne se contente pas d’être regardé : il se ressent, il se contemple, il s’inscrit dans la mémoire. À l’image du graveur qui entaille le bois avec patience et conviction, elle creuse dans la matière et dans l’âme, laissant derrière elle une trace sincère, profonde, et durable.





