Au début de chaque nouvelle année, nombreux sont ceux qui prennent des résolutions pour changer leur vie et atteindre de nouveaux objectifs : adopter un régime alimentaire plus sain, pratiquer une activité physique, apprendre une nouvelle langue ou encore abandonner une mauvaise habitude.
Ces résolutions ne sont pas de simples rituels passagers, mais l’expression d’un besoin psychologique profond de changement, d’évolution et de reprise de contrôle sur l’avenir. Pourtant, beaucoup se heurtent rapidement à des difficultés d’engagement et ressentent de la frustration dès le premier échec.Dr Amira Chahine, spécialiste en santé mentale, estime que prendre des résolutions au début de l’année, même en doutant de sa capacité à les tenir, n’est ni une illusion ni une naïveté. Il s’agit plutôt d’une expression humaine sincère du besoin d’espoir.
Le début d’une nouvelle année représente, pour beaucoup, une opportunité psychologique de recommencer, une tentative de reprendre la maîtrise du cours de sa vie au lieu de subir les circonstances.Ne pas respecter ses résolutions ne signifie pas nécessairement une faiblesse de caractère. Juger une personne de cette manière est sévère et non scientifique, sauf en présence d’indicateurs clairs tels que l’absence totale d’initiative, le manque de confiance en soi ou une peur chronique des responsabilités. En l’absence de ces signes, les raisons sont souvent plus profondes : pressions psychologiques, troubles tels que l’anxiété, les pensées obsessionnelles ou excessives, ou encore des conditions sociales et économiques imposant d’autres priorités.
L’enthousiasme passager n’est pas un défaut ; il constitue au contraire l’étincelle initiale de tout changement. Il pousse à commencer, mais ce qui fait réellement la différence, c’est la persévérance, même dans les moments de fatigue ou de fluctuations de l’humeur. L’enthousiasme allume le chemin, tandis que l’engagement permet de le parcourir jusqu’au bout.La répétition de l’échec, malgré la connaissance de ses conséquences, est souvent liée à l’attachement aux mêmes méthodes anciennes et à la reproduction du même comportement en espérant un résultat différent. Les habitudes familières procurent un faux sentiment de sécurité, mais conduisent en réalité à l’échec répété.
D’où l’importance de penser autrement, de demander de l’aide et d’adopter de nouvelles stratégies d’exécution comme étape essentielle vers un changement réel. Le dialogue intérieur négatif joue également un rôle central dans l’échec des résolutions : la répétition continue de pensées négatives finit par être intégrée comme une vérité, affaiblissant la motivation et la confiance en soi, et entraînant un cercle vicieux d’anxiété et d’échecs répétés qui affectent peu à peu les différentes sphères de la vie.
Pour faire face psychologiquement à la première déception, la spécialiste en santé mentale recommande avant tout d’accepter ses émotions, de les respecter et de les exprimer. Il est erroné de nier la tristesse, la colère ou la frustration, ou de se blâmer sévèrement en cas d’échec. De la même manière que nous compatissons avec un ami en période de faiblesse, nous devons faire preuve de bienveillance envers nous-mêmes et accorder aux émotions le temps nécessaire pour s’apaiser, sans jugement ni dureté.
Ensuite, il convient de tirer des leçons de l’expérience : identifier les causes de l’échec, en apprendre, puis élaborer un nouveau plan ou des alternatives permettant de réessayer différemment. Ainsi, la déception se transforme en expérience constructive et augmente les chances de réussite lors des tentatives suivantes.De son côté, Dr Omnia Raafat, professeure de psychiatrie à la Faculté de médecine de l’Université du Caire, explique que l’être humain prend des résolutions parce qu’il a un besoin constant de ressentir qu’il est vivant, capable d’essayer encore et que l’espoir n’est pas totalement perdu.
La résolution, dans son essence, n’est pas seulement un engagement, mais une tentative d’affirmation de soi et de marche vers un objectif qui donne un sens à la vie. Lorsqu’une personne se convainc à l’avance de son incapacité à mettre en œuvre ses décisions, elle finit par se demander : « Pourquoi est-ce que je vis ? », consciente au fond d’elle-même qu’elle ne tiendra pas ses engagements, et tend alors à choisir la voie la plus facile. Elle continue néanmoins à prendre des résolutions afin de préserver l’espoir d’agir, de s’engager et d’atteindre un certain bonheur.
L’échec répété dans le respect des résolutions est souvent un indicateur d’une forte pression psychologique, et non d’une faiblesse morale ou de paresse. Une personne qui a essayé à maintes reprises sans succès peut finir par rechercher toute voie de confort, loin de l’effort et de la lutte. Les réactions diffèrent alors selon les personnalités : certains disposent d’un fort esprit de défi et de persévérance, tandis que d’autres se caractérisent par une attitude négative et un manque de motivation.
Elle souligne que la pression psychologique est l’ennemi numéro un de toute tentative de changement. Cette pression peut provenir de la famille, des amis ou du partenaire. Une insistance excessive — comme le fait qu’un mari exige constamment que son épouse perde du poids — peut générer une pression psychologique intense, altérer l’image que la personne a d’elle-même et la pousser à se percevoir comme moins belle et moins digne de valeur.La professeure de psychiatrie ajoute que l’excès de stress perturbe ce que l’on appelle les fonctions exécutives du cerveau : plus la pression augmente, plus la capacité de mise en œuvre diminue.
À l’inverse, offrir à l’individu une forme de repos structuré, dans un cadre équilibré et rythmé, favorise l’engagement. Par exemple, dans les démarches de perte de poids, l’une des erreurs psychologiques les plus courantes consiste à prendre une décision brutale et excessive de privation totale, sans préparation mentale ni ressources suffisantes.Cette approche mène souvent à des crises d’hyperphagie après des périodes de restriction, en raison de l’absence d’équilibre, ce qui conduit à l’échec de l’objectif au lieu de sa réalisation. Elle précise que le déséquilibre n’affecte pas uniquement le poids, mais s’étend à tous les aspects de la vie ; même les émotions ont besoin d’un certain équilibre pour rester saines et réalistes.
En ce qui concerne le changement des habitudes, la seule force de volonté ne suffit pas. L’environnement, la stabilité psychologique et l’identification des sources de stress et d’irritabilité sont des facteurs essentiels à la réussite. Une personne vivant dans un climat permanent de conflits, de pressions et d’effondrements émotionnels ne peut être en mesure de prendre des décisions efficaces, quelle que soit la force de sa volonté.Transformer une résolution en plan d’action nécessite des objectifs réalistes et une progression étape par étape, sans précipitation. Personne n’atteint le sommet d’une montagne en un seul bond ; on y parvient progressivement, même si les pas sont lents. De même, échouer à une étape ne signifie pas la fin du parcours : les rechutes font naturellement partie du processus de changement et ne doivent pas être une source de découragement.
Enfin, le changement progressif demeure le plus efficace, car le changement brutal désoriente à la fois le corps et l’esprit. La progression graduelle permet d’atteindre un équilibre psychologique et chimique au niveau du cerveau. Un objectif réaliste et progressif est celui qui peut être poursuivi à tout moment et dans toutes les circonstances, sans devenir un fardeau ni une nouvelle source de pression psychologique.





