La Nouvelle-Vallée accélère son ouverture aux investissements chinois, en misant sur ses ressources minières, son potentiel agricole et ses perspectives dans les énergies renouvelables et les nouvelles technologies. Cette dynamique s’inscrit dans le renforcement du partenariat stratégique sino-égyptien et ouvre la voie à de nouveaux projets industriels, agricoles et technologiques dans le gouvernorat.
Par Névine Ahmed
Le gouvernorat de la Nouvelle-Vallée, vaste territoire du Sud-Ouest de l’Egypte, franchit une nouvelle étape dans son ouverture aux investissements et aux partenariats internationaux, en s’appuyant sur sa position géographique, son immense superficie ainsi que sur l’abondance de ses ressources agricoles et minières.
Parmi ses principaux atouts figure le phosphate, mais le gouvernorat dispose également de perspectives importantes dans les énergies renouvelables, le tourisme, l’aménagement urbain et les industries liées à l’agriculture.
Dans cette dynamique, la Chine occupe une place de plus en plus importante. Au cours des dernières années, les relations sino-égyptiennes sont progressivement passées d’une coopération traditionnelle à un partenariat stratégique global couvrant notamment l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les technologies et le tourisme.

Cette coopération revêt une importance particulière en 2026, année marquée par le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Egypte et la Chine. Lors de la visite du président chinois Xi Jinping en Egypte, en septembre 2026, le président Abdel Fattah Al-Sissi et son homologue chinois sont convenus de poursuivre l’approfondissement du partenariat stratégique global entre les deux pays et d’élargir leur coopération dans des secteurs tels que l’industrie, les énergies renouvelables, l’agriculture, les technologies, la transformation numérique, le tourisme, l’éducation et la recherche scientifique.
Le phosphate, fer de lance du partenariat industriel
Le secteur minier constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus visibles du passage de la coopération sino-égyptienne dans la Nouvelle-Vallée de la recherche d’opportunités à la réalisation de projets industriels d’envergure.
Au cœur du plateau d’Abou Tartour, les préparatifs pour la réalisation d’un complexe industriel de production d’acide phosphorique sont désormais engagés. Le projet figure parmi les principales initiatives destinées à accroître la valeur ajoutée des ressources minières égyptiennes, en dépassant le simple export de minerai de phosphate pour développer des activités de transformation sur place.
L’année 2025 a été marquée par la signature des accords et contrats définitifs permettant le lancement du projet, en présence du ministre du Pétrole et de la gouverneure de la Nouvelle-Vallée. Le contrat d’entreprise générale a notamment été signé avec un consortium formé des sociétés chinoises CSCEC et ECEC.
Le coût d’investissement de la phase actuelle est estimé à 658 millions de dollars. Dans sa première phase, le complexe doit produire environ 250 mille tonnes par an d’acide phosphorique commercial à haute concentration, à partir du phosphate extrait des mines d’Abou Tartour.
Vers une filière intégrée autour du phosphate
L’importance du projet dépasse toutefois la seule production d’acide phosphorique. Il constitue une étape vers la création d’une filière de phosphate intégrée dans la Nouvelle-Vallée, avec pour objectif de renforcer la valeur ajoutée locale et de favoriser l’émergence d’industries des engrais, de la chimie et d’activités connexes.
Le complexe devrait également contribuer à placer la Nouvelle-Vallée sur la carte des grands investissements industriels liés aux ressources minières. Il est susceptible de générer des emplois directs et indirects et de stimuler parallèlement les secteurs de la logistique, du transport, de l’approvisionnement, de la maintenance et des services d’ingénierie.
La gouverneure de la Nouvelle-Vallée, Hanan Magdi, a suivi l’évolution du projet et engagé des discussions avec les responsables de la société chargée de la production d’acide phosphorique au sujet de la coopération avec la partie chinoise chargée de sa réalisation. Cette implication illustre le rôle croissant du gouvernorat dans le suivi et la facilitation des projets d’investissement chinois implantés sur son territoire.
En août 2026, le gouvernorat a notamment accueilli la cérémonie de pose de la première pierre du complexe industriel destiné à produire de l’acide phosphorique à partir du phosphate du plateau d’Abou Tartour, pour un investissement annoncé de 658 millions de dollars. Cette étape marque l’entrée du projet dans une phase plus concrète de réalisation.
L’agriculture, autre axe majeur de coopération
La coopération avec la Chine ne se limite toutefois pas au secteur minier. L’agriculture apparaît également comme l’un des principaux axes d’avenir du partenariat entre la Nouvelle-Vallée et les entreprises chinoises.
Le gouvernorat est notamment membre fondateur de l’Alliance internationale des villes touristiques de la Route de la soie (ITASRC), lancée par la Chine avec la participation de 40 villes du monde, dont la Nouvelle-Vallée.
La cérémonie de lancement de cette alliance s’est tenue en Chine. Elle vise notamment à renforcer la promotion touristique, à favoriser l’échange et le transfert de technologies, à développer les activités touristiques et culturelles, à préserver le patrimoine et à améliorer l’image de marque des villes membres.
L’initiative prévoit également de développer la formation professionnelle ainsi que la recherche académique et de terrain, afin de soutenir les activités culturelles et touristiques dans les villes participantes.
En mars 2025, le ministre de l’Agriculture et la gouverneure de la Nouvelle-Vallée ont rencontré une délégation d’hommes d’affaires chinois ainsi que des représentants de l’Association des hommes d’affaires égyptiens et chinois.
Les discussions ont porté sur la création d’un projet d’investissement agricole dans le gouvernorat par l’intermédiaire des Chemins de fer chinois, avec notamment pour objectif de développer la production de semences de cultures stratégiques telles que la pomme de terre, le blé et le soja.
Le projet prévoit également un accompagnement technique de la partie chinoise par des experts et des chercheurs du Centre de recherches agricoles égyptien. Un protocole de coopération doit définir les domaines concernés ainsi que les mécanismes de mise en œuvre entre le ministère de l’Agriculture, le gouvernorat de la Nouvelle-Vallée et la société chinoise.
Cette initiative présente un intérêt particulier dans la mesure où elle ne vise pas uniquement à accroître les superficies cultivées. Elle s’inscrit également dans une stratégie de développement de la production de semences, un secteur directement lié à la sécurité alimentaire, à l’amélioration de la productivité et à la réduction de la dépendance aux importations d’intrants agricoles.
Moderniser la filière des dattes
La filière des dattes constitue un autre domaine susceptible de bénéficier fortement de la coopération chinoise. La Nouvelle-Vallée dispose en effet d’un important potentiel de production de dattes et poursuit l’extension de la culture de différentes variétés, notamment celles présentant une forte valeur économique.
Une coopération accrue pourrait favoriser l’introduction de technologies modernes dans plusieurs domaines : agriculture de précision, amélioration des systèmes d’irrigation, mécanisation, gestion des cultures à partir de données et création de centres de tri, de conditionnement et de transformation.
L’objectif serait de faire évoluer progressivement la Nouvelle-Vallée d’une région principalement productrice de matières premières vers un pôle intégré de production, de transformation et d’exportation.
L’expertise chinoise pourrait notamment être mobilisée dans le tri, le conditionnement, le séchage, la transformation, le stockage, la gestion des chaînes d’approvisionnement et la commercialisation des dattes. Elle pourrait également contribuer à élargir l’accès aux marchés chinois et asiatiques.
Cette coopération pourrait enfin s’étendre à d’autres filières, notamment l’olive et l’huile d’olive, les plantes médicinales et aromatiques ainsi que diverses cultures stratégiques, avec pour objectif de mieux connecter la production agricole aux industries agroalimentaires, à l’emballage et à l’exportation.
Le potentiel du séchage et de la transformation agroalimentaire
La transformation agricole représente également un domaine prometteur pour les investisseurs chinois dans la Nouvelle-Vallée.
L’expansion des activités agricoles dans le gouvernorat génère une demande croissante pour des unités de séchage, de conditionnement et de transformation alimentaire, mais aussi pour des installations de stockage et de réfrigération ainsi que pour des réseaux de transport et de logistique adaptés.
Cette orientation s’inscrit dans la volonté plus large de l’Egypte et de la Chine d’accroître les investissements industriels et de favoriser le transfert de technologies, notamment dans les secteurs susceptibles d’augmenter la valeur ajoutée des ressources égyptiennes et d’ouvrir de nouveaux débouchés à l’exportation.
Le communiqué conjoint égypto-chinois publié en septembre 2026 a notamment souligné l’importance d’élargir la coopération dans la production locale, l’agriculture, les chaînes d’approvisionnement liées aux minerais, les énergies renouvelables et les technologies de pointe.
Dans le contexte de la volonté égyptienne d’accroître la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique, le partenariat chinois pourrait également s’étendre à la construction de centrales solaires, à la fabrication de certains équipements destinés aux énergies renouvelables et à la fourniture de solutions énergétiques adaptées aux projets agricoles et industriels ainsi qu’aux zones reculées.
Ces perspectives sont renforcées par les derniers accords conclus entre l’Égypte et la Chine, qui encouragent notamment les entreprises chinoises à coopérer dans le domaine des énergies renouvelables, notamment pour les panneaux solaires et les éoliennes, ainsi que dans le dessalement de l’eau, les technologies avancées et la transformation numérique.
Vers une agriculture plus intelligente et un développement plus vert
La gestion de l’eau constitue l’un des principaux enjeux du développement futur du Nouveau-Valley, compte tenu du caractère désertique du gouvernorat et de la nécessité d’assurer une utilisation rationnelle des ressources hydriques.
Dans ce domaine, les technologies chinoises pourraient être mises à contribution pour le dessalement de l’eau, la réutilisation des ressources hydriques, les systèmes d’irrigation intelligents, la télédétection ainsi que la gestion intégrée des réseaux d’eau et d’énergie.
Le communiqué égypto-chinois de 2026 prévoit explicitement des domaines de coopération liés au dessalement de l’eau de mer, aux technologies de pointe, à la télédétection et à l’économie fondée sur les données. Ces domaines pourraient ouvrir la voie au transfert de technologies et de savoir-faire vers différents projets de développement dans les gouvernorats égyptiens, notamment dans la Nouvelle-Vallée.
Grâce à sa position stratégique, à proximité des frontières occidentales et méridionales de l’Égypte, le gouvernorat dispose par ailleurs d’un potentiel important pour devenir à terme un centre régional de commerce, de transport et de services logistiques.
Le numérique et l’intelligence artificielle au service du développement
La coopération sino-égyptienne dans la Nouvelle-Vallée pourrait également s’étendre aux secteurs de la transformation numérique, de l’intelligence artificielle, des centres de données, du cloud computing et de la télédétection.
Ces technologies peuvent trouver des applications directes dans la gestion des terres agricoles, le suivi des cultures, la gestion des ressources en eau, la détection et la prévision des maladies et ravageurs agricoles ainsi que le suivi des projets de développement.
Elles pourraient également contribuer à connecter les zones reculées aux services publics et à améliorer la gestion administrative du territoire.
La transformation numérique constitue par ailleurs un outil susceptible de faciliter directement l’investissement. La mise à disposition de bases de données précises sur les terres disponibles, les ressources naturelles et les opportunités d’investissement permettrait aux entreprises chinoises de mieux évaluer les projets et de prendre leurs décisions sur la base d’informations plus détaillées.
A travers ces différents secteurs- mines, agriculture, énergie, eau, industrie, tourisme et technologies- la Nouvelle-Vallée cherche ainsi à renforcer son attractivité et à se positionner comme l’un des territoires émergents de la coopération économique sino-égyptienne. Cette dynamique accompagne les efforts déployés par les autorités locales pour améliorer le climat d’investissement, simplifier les procédures, développer les infrastructures et valoriser les ressources naturelles du gouvernorat. L’ambition affichée est de créer les conditions permettant à la Nouvelle-Vallée d’accueillir des projets intégrés à la croisée de l’industrie, de l’agriculture et des nouvelles technologies.




