
Il y a, avant la première note, un instant où tout semble devoir se taire. Omar Khairat s’approche alors du piano avec une sobriété qui lui ressemble. Aucun geste destiné à impressionner, aucune volonté de dominer la scène. Puis les premières notes apparaissent, et quelque chose se met en mouvement : une musique qui avance avec élégance, sans jamais forcer l’émotion.
Chez Omar Khairat, le piano n’est pas seulement un instrument. Il est le centre d’un univers musical construit au fil des années, entre formation classique, curiosité pour les rythmes modernes et attachement profond à la sensibilité orientale. Petit-neveu du compositeur et fondateur du Conservatoire du Caire Abu Bakr Khairat, il appartient à une famille où la musique occupait une place essentielle. Mais son parcours ne s’est jamais résumé à la transmission d’un héritage.
Avant de devenir l’un des compositeurs les plus reconnaissables de la scène arabe, il a connu le rythme autrement. Son expérience au sein du groupe « Les Petits Chats », aux côtés notamment d’Ezzat Abou Aouf, lui a permis d’explorer l’univers du rock et de la batterie. Cette période, moins connue que son œuvre symphonique, participe pourtant à comprendre la liberté rythmique qui traverse certaines de ses compositions.
Le piano est ensuite devenu son langage privilégié. Formé au Conservatoire du Caire puis en Grande-Bretagne, Omar Khairat a progressivement développé une écriture où la rigueur de la composition classique rencontre des inflexions profondément enracinées dans la culture musicale arabe. Il ne cherche pas à opposer Orient et Occident. Il les fait dialoguer, jusqu’à ce que leur rencontre paraisse naturelle.
C’est notamment dans la musique de film et de télévision que cette signature s’est imposée avec une force particulière. Avec des œuvres comme Laylat al-Qabd 3ala Fatma, Al-Liqa’ al-Thani ou Gawâish, il a démontré qu’une musique instrumentale pouvait porter une scène, suggérer un caractère, accompagner une tension ou prolonger une émotion sans avoir besoin de paroles. Ses compositions ne se contentent pas d’accompagner l’image : elles lui donnent parfois une seconde dimension.
Sur scène, son rapport à la musique demeure tout aussi précis. Il dirige avec retenue, écoute l’orchestre autant qu’il le conduit et laisse la composition occuper le premier plan. Cette discrétion n’est pas une absence de présence ; elle est plutôt la marque d’un artiste qui semble avoir compris que la musique n’a pas besoin d’être surchargée pour être puissante.
Au fil de sa carrière, Omar Khairat a ainsi contribué à installer la musique instrumentale au cœur d’un large public arabe. Ses concerts réunissent des générations différentes autour d’un répertoire qui ne dépend ni d’une mode ni d’un langage chanté.
Son parcours raconte finalement une chose simple : lorsqu’un musicien possède une voix véritablement personnelle, quelques notes peuvent suffire à la reconnaître. Chez Omar Khairat, cette voix passe par le piano, l’orchestre, le rythme et surtout par une écriture qui a su trouver son propre équilibre entre la discipline de la forme et la liberté de l’émotion.





