Clin d’œil
Par : Samir Abdel Ghany
En entrant dans la galerie Dai, à Zamalek, on entend avant même de voir. Comme si les voix des paysannes des villages égyptiens précédaient les tableaux jusqu’à votre âme, chantant : « Ô palmes élancées, penchez-vous et offrez la paix ». Dès le premier instant, on comprend qu’il ne s’agit pas seulement d’une exposition d’arts plastiques, mais d’une présence totale : celle de la grandeur du village égyptien, de sa beauté, d’une mémoire faite de terre, de palmiers, de maisons et de visages.

Dans les œuvres d’Ossama Nached, le palmier n’est plus un simple élément visuel ni une composition en noir et blanc. Il devient un être vivant, presque humain — hommes et femmes, nuit et jour, joies et peines. Chez lui, le palmier n’est pas le décor du village : il est le village lui-même. Témoin du temps, gardien des secrets, minaret vert et clocher d’église à la fois, il élève vers le ciel la paix des paysans.
Accrochées aux murs, ses œuvres en noir et blanc ressemblent à un livre d’histoire ouvert. Dans l’une, on entend un youyou de fête ; dans une autre, une complainte funèbre semble résonner. Ici, une joie déborde des maisons étroites vers la rue ; là, une tristesse noble s’assoit sur le seuil d’une porte. Ossama ne peint pas le village de l’extérieur, mais depuis son cœur : depuis le battement de ses habitants, l’odeur du pain, et l’ombre des palmiers à la fin du jour.
Ossama Nached, cet artiste au sourire discret, présente son art comme un moine perché sur une montagne lointaine, observant les oiseaux et écoutant les chants de l’univers. Il ne crie pas dans ses tableaux, ne cherche pas à impressionner ; il murmure, et vous oblige à écouter. Chaque ligne possède sa note, chaque espace blanc son silence maîtrisé, et chaque noir n’est pas obscurité, mais profondeur musicale.
Je me souviens d’un mariage dans la région de Tahrir, où l’on me présenta comme caricaturiste travaillant dans la presse. Mais toute l’assemblée ne parlait que d’Ossama Nached : de cet artiste qui les a rendus fiers, en dessinant leurs maisons, leurs rues et leurs visages, transformant leur village en une histoire digne d’être vue. Ils parlaient de lui non comme d’un artiste lointain, mais comme de l’un des leurs, un fils du village qui l’a porté jusqu’aux galeries d’art.


Ossama Nached joue avec son stylo à encre noire comme avec un instrument. Chaque trait devient une touche de piano. Il défie les musiciens eux-mêmes de traduire son village comme il le fait. Il n’a pas besoin d’instrument : ses lignes chantent. Il n’a pas besoin de couleurs multiples : le noir et le blanc lui suffisent pour créer le jour et la nuit, la joie et la tristesse, les chants de fête et les lamentations.

À la galerie Dai, Ossama Nached se tient seul : il compose, orchestre et chante. Il chante le village, toujours capable d’offrir à l’art son âme originelle ; il chante les palmiers qui se penchent pour offrir la paix ; il chante les gens simples qui, une fois entrés dans la toile, n’en sortent jamais.





