Grottes préhistoriques, anciens centres de répression, forêts et écosystèmes marins : 30 sites candidats sauront cette semaine s’ils intègrent le patrimoine mondial de l’Unesco, de plus en plus menacé par le changement climatique et les conflits, selon sa directrice générale Audrey Azoulay.
Une session décisive à Paris
De la Pologne au Cambodge, de la Sierra Leone aux Émirats arabes unis, les prétendants apprendront du Comité du patrimoine mondial, dont la 47e session élargie a démarré lundi dernier à Paris, si la valeur exceptionnelle de leurs biens culturels ou naturels a été reconnue.
Selon le site rtbf.be, cette session “doit plus que jamais tenir sa promesse, celle d’un multilatéralisme tangible, déterminé, où la culture joue un rôle majeur pour répondre aux défis actuels, qu’il s’agisse du dérèglement climatique ou des meurtrissures de la guerre”, a déclaré à l’ouverture des travaux Mme Azoulay.
L’Afrique mise en avant
Aujourd’hui, plus de 1200 sites culturels, naturels et mixtes appartiennent au Patrimoine mondial. Parmi les 30 candidatures de cette année, deux proviennent de pays africains jusque-là absents de la liste : la réserve de biosphère de l’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau) et les forêts de Gola Tiwai (Sierra Leone), refuge d’espèces menacées comme les éléphants de forêt. Une reconnaissance importante dans une stratégie globale visant à mieux représenter le patrimoine africain.
Une mémoire préhistorique et contemporaine
De nombreux sites proposés ont un lien avec la préhistoire, comme les Mégalithes de Carnac, dans l’ouest de la France, ou les Pétroglyphes de la rivière Bangucheon, en Corée du Sud. Ces trésors archéologiques sont des témoins uniques de l’histoire de l’humanité.
D’autres lieux en lice sont liés à l’histoire plus récente : d’anciens centres de détention, des lieux de mémoire de la guerre ou de la colonisation. Ces candidatures soulèvent souvent des questions sensibles sur la mémoire collective et les responsabilités historiques.
Un patrimoine sous pression
Parallèlement aux nouvelles candidatures, près de 250 sites déjà inscrits feront l’objet d’un suivi rigoureux. “C’est une véritable radiographie du patrimoine à travers le monde”, a indiqué Mme Azoulay, soulignant que cette évaluation permet aussi de mieux cerner les menaces qui pèsent sur ces trésors.
Le climat, une menace grandissante
Les risques liés au changement climatique sont particulièrement préoccupants. “Près de trois quarts des sites du patrimoine mondial sont déjà confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d’eau ou inondations”, a alerté la directrice générale. Le surtourisme est également pointé du doigt, notamment dans les villes historiques ou les sites naturels fragiles.
Conflits armés : Un patrimoine en péril
Sur les 56 biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, “la moitié le sont en raison des conflits”, a précisé Mme Azoulay. Le Moyen-Orient est particulièrement concerné, avec plus de 40 % des sites menacés.
L’Unesco prévoit de relancer ses opérations en Syrie, notamment pour restaurer le Musée national de Damas et les monuments d’Alep. À Gaza, l’organisation utilise des images satellites pour suivre les dégâts depuis octobre 2023, et espère pouvoir intervenir sur le terrain “dès que la situation le permettra”.
Une reconnaissance qui engage
L’inscription au patrimoine mondial n’est pas seulement symbolique. Elle représente un levier de développement local, un outil de valorisation touristique, et un facteur de fierté identitaire. En contrepartie, les États doivent garantir la conservation à long terme de ces sites, ce qui reste un défi pour les pays en crise ou disposant de peu de moyens.
Sauvegarder l’héritage de l’humanité
L’Unesco insiste : la préservation du patrimoine est un devoir collectif. Ces sites racontent notre passé, célèbrent la diversité culturelle, et renforcent le lien entre les peuples et la nature. Les protéger, c’est préserver ce que l’humanité a de plus précieux face aux incertitudes du présent et aux menaces de demain.