L’Egypte accélère la modernisation de ses ports maritimes, secs et terrestres afin de renforcer sa position de hub régional et international du transport et de la logistique.
Le pays déploie 8 corridors logistiques intégrés, développe ses infrastructures portuaires et prévoit de porter sa flotte maritime nationale à 40 navires d’ici 2030.
Par Névine Ahmed
L’Egypte poursuit la mise en œuvre de sa stratégie visant à tirer parti de sa position géographique stratégique et du canal de Suez afin de devenir un centre régional et international du transport, de la logistique et du commerce de transit.
Dans ce cadre, le ministère des Transports a lancé la réalisation de 8 corridors logistiques internationaux intégrés destinés à relier les zones de production aux ports maritimes. Il s’agit des corridors Al-Ariche-Taba, Sokhna-Alexandrie, Le Caire-Alexandrie, Tanta-Mansoura-Damiette, Gargoub-Salloum, Le Caire-Assouan-Abou Simbel, Safaga-Qéna-Abou Tartour et Bérénice-Assouan-Tochka-Est d’Ouweinat.
Investissements massifs dans les ports maritimes
Le secteur portuaire maritime connaît d’importants projets de modernisation visant à développer les infrastructures et à accroître les capacités d’accueil.
Le programme prévoit notamment la réalisation de 70 km de quais, d’une profondeur comprise entre 18 et 25 m, portant la longueur totale des quais à plus de 100 km. A ce jour, 45 km ont été réalisés et 25 km sont en cours de réalisation.
Le plan prévoit également la construction de 35 km de brise-lames, qui porteront leur longueur totale à 50 km. Quelque 21 km ont déjà été achevés et 14 km sont actuellement en cours de réalisation.
S’agissant des espaces portuaires et des services, l’objectif est de porter les superficies des ports à 100 millions de mètres carrés. Quelque 35 millions de m2 ont été réalisés et 25 millions de m² sont en cours d’aménagement.
Le développement de la flotte de remorqueurs portuaires constitue également une priorité, avec pour objectif de porter celle-ci à 80 unités. Vingt-deux remorqueurs ont déjà été réalisés et 28 autres sont en cours de construction.
Alexandrie, Damiette et Sokhna au cœur de la modernisation
Les ports égyptiens ont enregistré d’importants progrès en matière d’équipements et de capacité à accueillir des navires de grande taille grâce à plusieurs projets structurants.
Au port d’Alexandrie, le terminal polyvalent Tahya Misr, d’une longueur de 2,5 km, a été réalisé, ainsi que le terminal céréalier 85/3 et trois axes destinés à relier le port à l’axe Abou Zakri. Les infrastructures du terminal Tahya Misr 2 à Dékheila ont également été achevées.
Les travaux se poursuivent par ailleurs pour la réalisation d’un terminal de vrac sec, de brise-lames et d’une zone logistique à Al-Metras. Un parking à étages et un terminal maritime de passagers sont également entrés en service.
Au port de Damiette, un terminal polyvalent de 680 m a été réalisé. Le terminal à conteneurs Tahya Misr 1 a entamé son exploitation commerciale expérimentale en février 2026, avec des quais totalisant 2 km. Il a commencé à accueillir de grands navires appartenant à des compagnies maritimes internationales, notamment Hapag-Lloyd et Maersk.
Les travaux portent également sur la construction de brise-lames, d’un terminal céréalier et l’aménagement de zones logistiques et industrielles.
Développement des ports de la mer Rouge
Les ports de Nouweiba, Safaga et Hurghada font également l’objet de programmes de modernisation. Ces projets comprennent notamment la réalisation d’un entrepôt modèle et d’une aire pour camions à Safaga.
Le terminal polyvalent Safaga 2 a commencé son exploitation commerciale expérimentale en juin 2026 avec l’accueil de ses premiers navires. Les travaux se poursuivent également sur les projets Safaga 3 et Safaga 4, ainsi que pour le développement du port de Taba et la construction d’un port destiné aux pêcheurs.
Le port de Sokhna fait l’objet d’un projet de développement intégré comprenant 18 km de quais, 8,6 millions de m2 d’espaces de manutention et 30 km de réseau ferroviaire.
Le terminal Red Sea Terminal 1 a entamé son exploitation commerciale expérimentale en décembre 2025. Le port a alors été inscrit au Guinness World Records comme le port artificiel construit sur terre le plus profond, avec une profondeur de 19 mètres.
Le développement du port s’accompagne de partenariats stratégiques avec plusieurs grands opérateurs, notamment DP World, AD Ports Group, Transcargo et Sky.
Une flotte maritime nationale portée à 40 navires d’ici 2030
L’Egypte vise également à renforcer sa flotte nationale de transport maritime. Le plan prévoit de porter à 40 le nombre de navires détenus à 100% par les compagnies relevant du ministère des Transports d’ici 2030, afin d’assurer le transport de quelque 30 millions de tonnes de marchandises par an.
La Compagnie nationale de navigation dispose actuellement de 14 navires, le dernier acquis étant le “Wadi Al-Ariche”. Des contrats ont été conclus pour quatre navires de vrac sec, dont la livraison est prévue pour partie en 2026 et en 2028. Le projet prévoit également l’acquisition de deux porte-conteneurs, portant la flotte de la compagnie à 20 navires.
D’autres compagnies nationales renforcent également leurs capacités. Quatre navires de transport de vrac liquide ont été commandés pour l’Egyptian Company for Petroleum Tankers, portant sa flotte à six unités. La flotte de Cairo Ferry sera portée à quatre navires polyvalents, tandis que la compagnie Arab Bridge Maritime maintient une flotte de dix navires.
L’Egypte cherche par ailleurs à attirer les principaux opérateurs et lignes maritimes internationaux, parmi lesquels HPH, MSC, Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd et Evergreen, ainsi que les groupes DP World et AD Ports.
Le corridor roulier Damiette-Trieste
Le développement du transport roulier entre Damiette et Trieste, en Italie, constitue également un axe important de la stratégie logistique égyptienne.
La liaison a permis d’effectuer 85 rotations et d’exporter plus de 135.000 tonnes de légumes et de textiles. Elle doit également constituer un axe de transport pour les marchandises réfrigérées et sèches à destination des pays du Golfe via le port de Safaga.
33 ports secs et zones logistiques
L’Etat prévoit parallèlement la création de 33 ports secs et zones logistiques afin de mettre en place un réseau intégré au service du commerce.
Parmi les principaux projets réalisés figure le port sec du Six Octobre, aménagé sur 100 feddans, avec la conclusion d’un partenariat avec CMA CGM. Un contrat a également été conclu avec la société MAC pour la construction d’une usine automobile dans la zone logistique.
Le port sec et la zone logistique du Dix Ramadan, d’une superficie de 250 feddans, ont été attribués à la société Medlog. Une parcelle a également été réservée au groupe Alstom à Borg El Arab.
Le programme comprend en outre la mise en adjudication du port de marbre d’Al-Thabaa, l’achèvement des études du projet de Kom Abou Rady, sur 91 feddans, la réception d’offres pour la gestion de la zone logistique de Salloum, d’une superficie de 653 feddans, ainsi que la conclusion d’un contrat pour le port de Qantara-Est, sur 33 feddans. Un partenariat a également été conclu pour le port sec de Sadate.
Enfin, les points de passage frontaliers font l’objet de travaux de modernisation. Le projet de développement du port terrestre de Salloum, couvrant 286 feddans, a été inauguré. Il comprend 41 bâtiments et 400.000 m2 de voirie. Le port terrestre de Taba fait également l’objet d’un programme de développement.





