À l’occasion du bicentenaire de l’hôpital universitaire Qasr El-Aïni, l’un des plus anciens et prestigieux établissements médicaux d’Égypte et du monde arabe, les Égyptiens revisitent deux siècles d’une histoire exceptionnelle, intimement liée à la naissance de la médecine moderne dans la région. Bien plus qu’un simple hôpital universitaire, Qasr El-Aïni incarne une véritable école de pensée médicale qui a façonné des générations de médecins et de chercheurs ayant contribué au développement des systèmes de santé en Égypte et dans le monde arabe.
Les débuts : Le rêve d’une médecine moderne en Égypte
Les origines de Qasr El-Aïni remontent au règne du vice-roi Mohammed Ali Pacha, qui comprit très tôt l’importance des sciences modernes dans la construction d’un État fort et moderne. Dans le cadre de son vaste projet de modernisation de l’Égypte, il accorda une attention particulière à la création d’institutions scientifiques, notamment dans le domaine médical.
En 1827, la première école de médecine de l’Égypte moderne fut fondée à Abou Zaabal, sous la supervision du célèbre médecin français Antoine Clot, connu sous le nom de Clot Bey, considéré comme le père fondateur de la médecine moderne en Égypte. L’objectif principal était de former des médecins égyptiens capables de répondre aux besoins de l’armée et de la société, réduisant ainsi la dépendance aux praticiens étrangers.
L’enseignement, inspiré des programmes européens les plus avancés de l’époque, couvrait l’anatomie, la chirurgie, la pharmacie et la médecine interne. Cette initiative représentait une véritable révolution éducative au Moyen-Orient au XIXe siècle.
Le transfert vers Qasr El-Aïni : Naissance d’un symbole
En 1837, l’école de médecine et l’hôpital qui lui était associé furent transférés vers le quartier de Qasr El-Aïni au Caire, donnant ainsi naissance à l’institution qui deviendra l’un des piliers de la médecine égyptienne.
Le nom « Qasr El-Aïni » provient d’un ancien palais appartenant à Ahmed Ibn El-Aïni, un dignitaire mamelouk du XVe siècle. Avec le temps, ce site devint le centre d’une institution médicale majeure, combinant enseignement, recherche et soins.
Ce transfert vers la capitale constitua un tournant décisif : la proximité des institutions gouvernementales et de la population permit d’élargir les services médicaux et d’augmenter considérablement le nombre d’étudiants et de patients.
Qasr El-Aïni face aux épidémies
Tout au long de son histoire, Qasr El-Aïni a joué un rôle essentiel dans la lutte contre les grandes épidémies ayant touché l’Égypte. Dès le XIXe siècle, ses médecins furent en première ligne contre le choléra, la peste et la fièvre jaune, contribuant également au développement des méthodes de prévention et de traitement.
Au début du XXe siècle, lors de la pandémie de grippe espagnole, l’hôpital accueillit un grand nombre de patients et participa activement aux efforts de recherche et de soins.
Plus récemment, lors de la pandémie de Covid-19, Qasr El-Aïni a de nouveau occupé une place centrale dans le système de santé égyptien, offrant des soins spécialisés et contribuant aux recherches scientifiques sur le virus, confirmant ainsi son rôle historique dans la protection de la santé publique.
Un haut lieu du savoir médical
L’importance de Qasr El-Aïni ne se limite pas à son rôle hospitalier. Il s’agit également de la plus grande école de médecine d’Égypte et de l’une des institutions médicales les plus influentes d’Afrique et du Moyen-Orient.
Depuis deux siècles, des milliers de médecins en sont diplômés, dont beaucoup ont poursuivi des carrières remarquables en Égypte et à l’international, occupant des postes prestigieux dans le domaine médical et scientifique.
L’institution a également contribué de manière significative au développement de la recherche médicale, en créant des spécialités avancées et des centres de pointe dans des domaines tels que la chirurgie, la cardiologie, l’oncologie, la transplantation d’organes, la radiologie et les analyses médicales.





