Clin d’œil
Par : Samir Abdel Ghany
L’artiste talentueux Fawzi Morsi m’a m’invité, au nom d’Egypt Cartoon, à participer à une exposition consacrée au football. Celle-ci réunissait des caricaturistes arabes aux côtés d’artistes venus d’Espagne et d’Amérique du Sud. À première vue, il ne s’agissait que d’une participation artistique. Mais, dans son sens le plus profond, cette invitation célébrait un jeu qui a su dépasser les limites des stades pour s’inscrire durablement dans la mémoire collective, les émotions et la culture populaire.

L’exposition se tenait à l’ambassade d’Espagne. Pourtant, l’hommage ne se limitait ni à l’Espagne ni à ses joueurs. Nous célébrions Cristiano Ronaldo, du Portugal, et Mohamed Salah, d’Égypte. C’est précisément là que réside toute la beauté du football : un sport universel, qui ignore les frontières et ne reconnaît que le talent, la passion et l’authenticité du moment humain. Nous soutenons les vainqueurs, certes, mais il nous arrive aussi d’honorer les vaincus lorsqu’ils sont des nôtres ou lorsqu’ils ont laissé dans nos cœurs une empreinte que ni la victoire ni la défaite ne peuvent effacer.

Le football n’est pas simplement un match qui s’achève au coup de sifflet de l’arbitre, ni une succession de buts inscrits dans les filets adverses. C’est un ensemble de petites et de grandes histoires, une joie collective, une déception partagée, un rêve qui renaît sans cesse et une mémoire qui relie l’enfant frappant un ballon dans une ruelle étroite aux foules qui remplissent les tribunes et chantent jusqu’à la dernière minute.
Il n’était donc pas surprenant que de nombreux caricaturistes du monde entier aient choisi de dessiner Mohamed Salah. Dans l’exposition, nous affichions tous un sourire, le simple fait qu’un joueur égyptien inspire des artistes issus de cultures différentes constitue déjà une victoire symbolique qui mérite d’être célébrée.
Présent à l’exposition, Moustafa El Cheikh, président de l’Association égyptienne de la caricature, s’est réjoui de la qualité des œuvres satiriques réalisées par les caricaturistes égyptiens. « Le football est le véritable fruit de la vie, un bonheur gratuit offert aux simples gens. Il est aussi un espace de rencontre et d’affection entre les peuples qui aiment la joie », a-t-il déclaré. Il s’est dit particulièrement heureux de présenter une caricature représentant un médecin, une infirmière et un patient en pleine opération à cœur ouvert, tous captivés par un match de la Coupe du monde.


De son côté, le caricaturiste Ahmed Gaeïssa a présenté son œuvre en expliquant que le dessin est son jeu favori. Il a tenu à participer à cette exposition parce qu’il aime tous les jeux, mais considère que le football demeure le plus beau et le plus important d’entre eux.

En parcourant la brochure de l’exposition, j’ai découvert une réflexion sur le football qui m’a profondément marqué, au point de vouloir la reprendre presque mot pour mot. Elle ne se contente pas d’établir un lien entre le football et la culture ; elle fait du jeu lui-même une réalité antérieure à toute culture. Jouer n’est pas une frivolité, mais un besoin fondamental de l’être humain, une manière de comprendre le monde et d’exprimer la vie. L’historien Johan Huizinga nous le rappelle dans son ouvrage Homo Ludens (L’Homme qui joue). Selon lui, le jeu est plus ancien que la culture elle-même. La culture suppose l’existence d’une société humaine, tandis que les animaux n’ont pas attendu l’homme pour apprendre à jouer. C’est peut-être là que réside l’explication de la place singulière qu’occupe aujourd’hui le football dans le monde : un langage universel qui transcende les générations, les cultures et les frontières.





