
Bien avant que le monde ne compte les années à partir d’un chiffre, le temps, en Egypte ancienne, se mesurait au souffle du ciel, à la course du soleil et au retour fécond du Nil. Chaque nouvelle année n’était pas une simple transition, mais une renaissance, un recommencement sacré inscrit dans l’ordre cosmique. Lorsque l’étoile Sirius réapparaissait à l’horizon, annonçant la crue bienfaitrice, la terre elle-même semblait reprendre vie, lavée, nourrie, prête à refleurir. Le temps ne s’écoulait pas : il revenait. Dans cette civilisation où l’éternité dialoguait avec le quotidien, l’ouverture de l’année devenait un acte de foi, un vœu adressé aux dieux afin que chaque jour à venir soit bon, juste et fertile. Gravée dans la pierre ou la faïence, portée comme une promesse contre le cœur, cette espérance prenait la forme d’un scarabée, symbole de création et de renouveau. A travers cet objet millénaire, c’est toute une vision du monde qui se révèle : celle d’un peuple pour qui le passage du temps était avant tout une célébration de la vie recommencée.
Présenté par Névine Ahmed
Bien avant nos calendriers… le message gravé d’un scarabée millénaire pour le nouvel an
Par Dr Bassam Al-Chammaa

Dans l’Egypte ancienne, la célébration du passage d’une année à une autre n’était ni abstraite ni symbolique au sens moderne du terme. Elle était plutôt profondément ancrée dans l’observation du ciel, le cycle de la nature et la conception même de la vie et de l’éternité.


Un scarabée égyptien en faïence, datant de la Troisième Période intermédiaire (environ 1070–664 av. J.-C.), en apporte aujourd’hui une preuve saisissante. Cet objet, présenté et commenté par l’historien et conférencier international honoré par les Nations Unies, Dr Bassam Al-Chammaa, dépasse largement la simple symbolique rituelle du scarabée, traditionnellement associé à la renaissance, à la création, au passage à l’âge adulte, à l’éternité, à la vie après la mort et au cycle solaire. Il porte surtout une inscription hiéroglyphique qui témoigne de la conscience très claire qu’avaient les anciens Egyptiens de la fin d’une année et du commencement d’une nouvelle, envisagés comme un phénomène à la fois astronomique, naturel et existentiel.

Gravé sur la base de l’amulette, le texte exprime un vœu de nouvel an. On y voit la représentation de la barque solaire du dieu Rê, symbole de sa course quotidienne dans le ciel. Le propriétaire du scarabée adresse une prière à la divinité afin que chaque jour de la nouvelle année soit un jour favorable. Le texte hiéroglyphique se lit ainsi : Imn (Ra) wp-rnpt ra nfr nb, que l’on peut traduire par : “Qu’Amon (ou Rê) ouvre l’année, et que chaque jour soit bon”. L’expression “Wp.t rnpt”, littéralement “l’ouverture de l’année”, désigne explicitement le début de l’année nouvelle, preuve que ce moment était identifié, nommé et célébré. Parmi les signes, figure également le hiéroglyphe “nefer”, signifiant “bon”, “beau” ou “parfait”, renforçant ainsi l’idée de prospérité et de renouveau.

Ce scarabée, véritable amulette de vœu pour la nouvelle année, mesure 1,9 cm de longueur, 1,4 cm de largeur et 0,9 cm de hauteur. Fabriqué en faïence, il illustre l’importance accordée à ces objets portables, à la fois protecteurs, symboliques et porteurs de messages spirituels.

Au-delà de l’objet lui-même, cette inscription confirme que les anciens Egyptiens fondaient leur calendrier sur des calculs astronomiques précis. Le nouvel an était notamment lié à l’apparition héliaque de l’étoile Sirius (Sothis), connue aujourd’hui sous le nom de l’étoile du Chien. Après une invisibilité d’environ 70 jours, son retour dans le ciel annonçait le début de la saison Akhet, celle de la crue du Nil, qui durait quatre mois.

Contrairement à notre découpage moderne en quatre saisons, l’année égyptienne était divisée en trois grandes saisons, chacune de quatre mois. La crue apportait le limon fertile, régénérant les terres agricoles et assurant la survie du pays. Les Egyptiens associaient ainsi le renouveau de la terre, la renaissance de la nature et la naissance d’une nouvelle année dans une même vision cyclique de la vie. Le début de l’année correspondait, dans notre calendrier actuel, au 19 juillet, une date qui jouait, pour eux, un rôle comparable à celui du 1er janvier dans nos temps contemporains. Une preuve supplémentaire que, bien avant notre ère, l’humanité célébrait déjà le temps qui passe… et recommence.





