Les Égyptiens ont ce génie particulier : celui de fouiller dans leur langue comme on fouille dans un grenier à la recherche d’un trésor oublié. Ils se creusent la tête pour inventer le prétexte parfait, le mot juste, la tournure savoureuse qui dira tout haut ce que l’on pense tout bas. Et, avec la magie du dialecte, les émotions prennent corps, les idées se colorent, et les expressions deviennent de petites scènes de vie.
Talakik
Prenez par exemple ce petit mot qui claque comme un reproche : talakik. Il désigne cette manie agaçante qu’ont certains de provoquer sans raison, de chercher querelle juste pour le plaisir de troubler la paix. En clair, ce sont des spécialistes du drame gratuit, des artisans du prétexte, ces personnes qui transforment une simple tasse de thé en affaire d’État. On vous demande pourquoi ? Eh bien, il n’y a pas de raison valable. Ce sont juste des talakiks.
Yémkhmakh
À l’opposé de ces fauteurs de trouble, il y a ceux qui aiment plonger dans les méandres de leur pensée. Yémkhmakh — issu du mot mokh, le cerveau — c’est l’art de se torturer les méninges, de réfléchir intensément, parfois jusqu’à fumer du front. Bref, c’est l’équivalent égyptien de notre « se creuser la tête », mais avec cette saveur toute orientale qui laisse imaginer des neurones en pleine danse.
Bel ‘arabi keda
Et puis, il y a la clarté. Les Égyptiens aiment parler, beaucoup parler, parfois jusqu’à convaincre une pierre de changer de place. Quand ils veulent être sûrs d’être compris, ils assènent : bel ‘arabi keda. Littéralement, « en arabe ». Mais attention : il ne s’agit pas de la langue, mais d’un cri du cœur. Cela veut dire : « Je parle clair, net et précis, ne fais pas semblant de ne pas comprendre ! »
Proverbes du quotidien
· Kahrbt el-gawe : littéralement, « électrocuter l’ambiance ». Vous voyez cette personne qui entre dans une pièce et, en une seconde, transforme la bonne humeur en orage ? Voilà. Le climat change, l’air devient lourd, tout le monde est sur les nerfs. Bref, un générateur humain de négativité.
· Fil el-tarawah : à l’origine, « la brise printanière » qui allège la chaleur d’été. Mais quand on dit d’un ami qu’il est fil el-tarawah, cela veut dire qu’il flotte, qu’il est ailleurs, insouciant ou inexpérimenté. Un peu comme ce collègue qui, au milieu d’une réunion tendue, contemple la lampe du plafond en rêvant de falafels.
· Lagl el-ward yenski el-olek : « Pour la beauté des fleurs, on arrose la plante. » Une métaphore tendre qui rappelle que la vie est faite de concessions. On supporte les petites épines si c’est pour mieux profiter de la splendeur des roses.
Ainsi va le dialecte égyptien : un miroir de l’âme populaire, une poésie de la rue. Entre humour, sagesse et ironie tendre, il traduit l’art d’une société à mettre des mots sur chaque nuance de la vie.





