Clin d’œil
Par : Samir Abdel Ghany

L’artiste Hani Rizk invite le public, à travers son exposition « Racines sans feuilles », présentée à la salle Al-Bab de l’Opéra du Caire, à une lecture profondément humaine de la tragédie de Gaza. Loin des représentations habituelles de la guerre, ses œuvres placent l’être humain, sa souffrance, sa résistance et son attachement à la vie au cœur du récit.
L’exposition est née d’une démarche personnelle et profondément humaine. Invité au vernissage par l’artiste, l’auteur de ce témoignage n’a pu y assister, étant en route vers la côte Nord. Hani Rizk lui a alors promis de lui envoyer les œuvres, les images et la vidéo de l’ouverture, comme pour lui permettre d’être présent malgré la distance.
Cette simplicité et cette générosité semblent caractériser l’artiste autant que son travail. Peu nombreux sont les artistes qui savent faire de l’art un prolongement aussi naturel de leur personnalité, en défendant l’humain et la justice sans recourir à des slogans retentissants.
Avec « Racines sans feuilles », Hani Rizk signe l’une de ses expériences les plus étroitement liées à la condition humaine. Gaza est au cœur de l’exposition, mais l’artiste ne choisit ni la représentation directe de la guerre ni les images de sang et de destruction. Il évite également les symboles palestiniens les plus familiers : pas de drapeaux, de keffiehs ou de branches d’olivier. À leur place, des êtres humains s’agrippent les uns aux autres, formant presque un seul corps qui tente de survivre.


Le critique Sayed Mahmoud souligne que les œuvres saisissent le destin commun des réfugiés et des populations assiégées. Les familles regroupées au milieu des ruines deviennent ainsi une construction plastique où les corps et les visages s’entremêlent. Enfants, femmes, hommes et personnes âgées diffèrent par leur âge et leurs traits, mais sont confrontés au même destin.
Pour l’écrivaine Nadia Abdel Halim, Hani Rizk a choisi de placer l’être humain, et non l’événement politique, au centre de son récit. L’artiste lui-même explique que l’exposition ne procède pas d’une vision politique, mais d’une interrogation profondément humaine sur le destin d’un peuple confronté aux massacres, aux déplacements forcés et à la disparition de familles entières.
Des racines qui résistent

Le titre « Racines sans feuilles » constitue la clé de lecture de toute l’expérience artistique. Les racines renvoient à l’histoire, à l’identité et à l’appartenance, tandis que les feuilles symbolisent les enfants, l’avenir et la continuité de la vie. Que devient alors un arbre lorsque ses racines demeurent solides mais que ses feuilles tombent une à une ?
La femme occupe une place centrale dans l’exposition. Elle est, dans l’univers de Hani Rizk, à la fois refuge, racine et source de sécurité. Dans certaines œuvres, la figure de la femme palestinienne entre ainsi en résonance avec des symboles de l’Égypte ancienne, notamment la déesse Nout, associée au ciel, à la protection et à la renaissance.
L’artiste convoque également d’autres éléments du patrimoine égyptien, affirmant que l’identité n’est pas une frontière fermée, mais un espace de dialogue entre les époques et les cultures.

L’une des plus belles dimensions de l’exposition réside toutefois dans cette contradiction apparente : la douleur ne parvient jamais à effacer complètement la vie. Au milieu du siège apparaissent des scènes de cuisine, de mariage, des enfants portés sur les épaules de leurs mères, ou encore une petite fille tenant une bougie au cœur de l’obscurité. Même dans les œuvres les plus douloureuses subsiste la recherche d’une lueur d’espoir.
C’est peut-être ce qui rend les œuvres de Hani Rizk si poignantes : elles ne cherchent pas à exhiber la tragédie, mais à comprendre l’être humain qui tente d’y survivre.
« Racines sans feuilles » devient ainsi bien plus qu’une exposition sur Gaza. C’est une méditation sur la mémoire, l’identité, la perte et cette volonté obstinée de continuer à vivre, même lorsque tout semble avoir été arraché.





