Le «Ramadan», ce mois de jeûne qui, en fait, commence avec l’observation du croissant de lune du mois hégirien, débute en Egypte une quinzaine de jours plus tôt. Les rues et ruelles sont ornées d’un grand falot ou «fanous» en arabe, de guirlandes ramadanesques à la forme de petites lanternes ou de « lambeaux » ou encore de guirlandes lumineuses.




Un calendrier spécifique appelé « emsekeyat ramadan » est publié particulièrement pour ce mois dans lequel figurent les horaires de prières, surtout celles de l’aube qui marque le début de l’abstinence et celle du crépuscule qui marque la rupture du jeûne. Les chants du Ramadan sont diffusés partout dans la télévision, à la radio, dans les supérettes, les hyper et supermarchés qui se pourvoient de toutes sortes d’articles de base (farine, pâtes, huiles, etc.) mais surtout de fruits secs que les Egyptiens utilisent pour faire les cocktails d’entrée appelé en arabe «el-khochaf» et leurs desserts orientaux. Pour les Egyptiens, il est important que le frigo soit bien rempli de toute sorte de denrées pour tout le mois, pour économiser l’effort des courses pour d’autres activités telles les repas de rupture de jeûne en famille, au travail ou entre amis, pour la prière nocturne «el-tarawih » qui n’est prescrite qu’au mois de Ramadan et qui suit la prière de la nuit al-Ichaa, pour les tournois de football dits «tournois ramadanesques » et enfin pour les préparatifs de l’Aïd qui impliquent la confection de pâtisseries spécifiques tels «el-kahk», l’achat de nouveaux vêtements pour la fête et l’organisation de sorties ou de voyage en groupe pour l’occasion. Pendant tout le mois retentit le Coran par la voix des récitateurs les plus fameux, tels Abdel Basset Abdel Samad et Mohamed Refaat, que les Egyptiens ont l’habitude d’écouter durant le Ramadan partout dans les transports et les magasins; l’incontournable émission du feu cheikh Metwalli el-Chaarawi de l’interprétation simple des versets du Coran est passée, comme d’usage au cours de ce mois, avant la rupture du jeûne.
Les premiers jours du mois sont les plus durs pendant la journée et les plus tranquilles pendant le soir. Etant les premiers jours d’abstinence de boissons comme de nourriture, donc pas de café ni de thé au matin ni les autres boissons chaudes que les fonctionnaires ont l’habitude de prendre pendant toute la journée du travail, pas de cigarette pour les fumeurs addicts, cela fait qu’une minorité de personnes deviennent colériques au volant et au travail et que de petites disputes éclatent un peu partout. Le trafic est dense pendant toute la journée et accélérée à l’approche du crépuscule, tout le monde étant pressé de rentrer chez lui pour prendre le repas de rupture du jeûne avec les siens.
Au coucher du soleil, tout le monde est à l’affût de la détonation du « canon» appelé en arabe « madfaa », qui est une tradition instituée par les Fatimides pour annoncer le moment de l’appel à la prière du crépuscule, al-Maghreb, et donc de la rupture du jeûne. Le calme le plus complet s’installe dans les rues. Dès le premier jour, les uns tiennent à accomplir la longue prière «el-tarawih » à la mosquée et d’autres tiennent à suivre tous les feuilletons qui sont réalisées particulièrement pour ce mois. Ce mois étant un mois de charité et de générosité, dès le premier jour, de longues tables sont préparées et installées dans les rues connues en Egypte sous l’appellation de « Mawa’ed el-Rahman » ou « festins du Tout-Miséricordieux », où sont offerts gratuitement pour l’amour de Dieu (d’où leur appellation) des repas de rupture de jeûne non seulement aux pauvres mais aussi aux passants qui n’ont pas eu la chance de rejoindre leurs foyers ; ces repas sont faits de jus, de dattes, de riz, de légumes, de poulet ou de poisson et d’un dessert. Autre geste fait également au moment du crépuscule, des dattes, du jus ou de l’eau sont distribués aux passants et aux automobilistes en retard, non seulement par les musulmans mais aussi par les coptes qui insistent à partager cette ambiance avec leurs compatriotes. Fini le repas de rupture de jeûne, les tables et les chaises sont rangées soit dans un garage, soit dans un coin de rue ou partout ailleurs jusqu’au jour suivant. Ces festins sont préparés, pour la plupart du temps, par des propriétaires de magasins, d’agences de voiture, des commerçants, des citoyens aisés, parfois même des restaurants et des foyers qui se mettent d’accords pour la préparation des mets.