Par: Soha Gaafar et Walaa El-Assrah
Face aux pressions croissantes qui ont marqué l’économie mondiale et aux mutations régionales accélérées, l’Égypte a opté pour une approche intégrée en lançant sa Narration nationale pour le développement économique. Ce cadre stratégique s’est voulu un outil de cohérence entre les réformes macroéconomiques engagées depuis 2024, les stratégies sectorielles et la Vision Égypte 2030, traduisant les priorités de la réforme structurelle en objectifs mesurables, axés sur la compétitivité, l’emploi et la transition vers une croissance durable.
Narration nationale : L’Égypte structure sa stratégie de réforme économique

Le gouvernement égyptien a lancé la « Narration nationale pour le développement économique », un nouveau document stratégique définissant les contours de la vision nationale à l’horizon 2030 et établissant le cadre de référence des efforts de l’État en vue de réaliser une croissance inclusive et durable.
Cette initiative est intervenue à un moment charnière, marqué par des pressions sans précédent sur l’économie mondiale, entre le ralentissement de la croissance, l’aggravation des taux d’inflation, les crises des chaînes d’approvisionnement et les fluctuations régionales qui ont soumis les marchés émergents à de rudes épreuves.
Que veut dire la narration nationale
Depuis mars 2024, le gouvernement avait pris une série de mesures successives visant à renforcer la stabilité macroéconomique. Ces actions avaient contribué à consolider cette stabilité et à enregistrer une amélioration des indicateurs liés à la croissance, au budget général de l’État, ainsi qu’aux politiques monétaire et budgétaire.
Toutefois, dans un contexte marqué par des mutations régionales et internationales accélérées, il est apparu nécessaire d’élaborer un programme global de réforme économique assurant une meilleure cohérence entre le programme gouvernemental, les visions et stratégies sectorielles et la Vision Égypte 2030. C’est dans cette optique qu’a été lancée la narration nationale, afin de traduire les priorités de la réforme structurelle en un ensemble cohérent d’objectifs quantifiés, mesurables et clairement définis.
La narration nationale pour le développement économique s’est ainsi appuyée sur le Programme national des réformes structurelles, à travers des politiques favorables à la croissance et à l’emploi, articulées autour de trois axes principaux : le renforcement de la stabilité macroéconomique, l’amélioration de la compétitivité économique et du climat des affaires, ainsi que le soutien à la transition verte.
Elle a également intégré les stratégies relatives à l’investissement direct étranger, au développement industriel, au commerce extérieur et à l’emploi, dans le but de renforcer l’efficacité et la flexibilité du marché du travail. L’accent a été mis sur les secteurs prioritaires, notamment l’industrie manufacturière, le tourisme, l’agriculture, l’énergie, ainsi que les télécommunications et les technologies de l’information, parallèlement à la présentation des politiques publiques correspondantes, tout en plaçant le citoyen au cœur du processus de développement en tant que principal bénéficiaire des programmes de transformation économique.
Les objectifs

Selon la Narration nationale, l’Égypte avait pour objectif d’atteindre un taux de croissance de 7 % d’ici 2030. Le gouvernement prévoyait également d’augmenter les investissements totaux à 18 % du PIB.
La Narration visait à porter la part des investissements privés à 66 % du total des investissements, tout en augmentant la contribution du secteur privé au PIB à 82 % d’ici 2030.
Elle indiquait aussi une augmentation ciblée du nombre d’emplois créés par l’économie, visant 1,5 million de postes par an.
Enfin, l’Égypte entendait renforcer la part des projets verts, pour qu’ils représentent environ 75 % du total des investissements publics.
Les exportations égyptiennes couvrent le marché africain

L’Égypte a terminé les études relatives à la création d’un centre logistique mondial près du poste frontière de Salloum, sur le plateau. Cette initiative stratégique vise à lever les obstacles au commerce avec les pays africains et à soutenir les exportations libyennes vers les marchés africains voisins.
Cette information a été confirmée par Mohamed El-Argawy, chef du service des douanes de la Chambre de commerce d’Alexandrie. Il a souligné que ce projet essentiel facilite non seulement les échanges commerciaux, mais s’inscrit également dans une vision plus large incluant l’exploitation de l’autoroute internationale méditerranéenne reliant Port-Saïd à Casablanca. Cette autoroute complète l’axe Alexandrie-Le Cap, renforçant ainsi le rôle de l’Égypte en tant que plateforme logistique régionale desservant l’Afrique du Nord, centrale et de l’Ouest.
Il a ajouté que le moment est venu d’entamer les travaux de construction de l’autoroute centrale reliant le sud de l’Égypte au sud de la Libye, puis au Tchad et aux pays enclavés d’Afrique centrale, jusqu’à Dakar. L’objectif est de relier la mer Rouge à l’océan Atlantique grâce à un réseau intégré d’infrastructures et de centres logistiques.
Ahmed Zaki, secrétaire général de la Division des exportateurs et président du Comité des affaires africaines de la Fédération des chambres de commerce égyptiennes, a affirmé que la décision de commercer avec l’Afrique en monnaie locale est une décision purement politique, servant la politique étrangère de l’Égypte et témoignant du soutien indéfectible de ce pays à l’Afrique.
Il a indiqué que cette décision aura des répercussions importantes, notamment une augmentation des exportations égyptiennes vers l’Afrique et une dépendance totale du continent aux produits égyptiens dans les cinq prochaines années.
Zaki a prédit une augmentation de 30 % des exportations égyptiennes vers l’Afrique au cours des cinq prochaines années, les marchés africains devenant de plus en plus dépendants des produits égyptiens, qu’ils soient alimentaires, agricoles ou liés à l’ingénierie. Il a ajouté que cela dynamiserait l’activité des usines égyptiennes et, par conséquent, augmenterait le taux d’emploi des travailleurs égyptiens.
Zaki a confirmé que, selon les données de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, la valeur des exportations égyptiennes vers les pays de l’Union africaine a atteint environ 7,7 milliards de dollars en 2024, contre 7,4 milliards de dollars en 2023, soit une croissance de 4,7 %.
À l’inverse, la valeur des importations égyptiennes en provenance des pays de l’Union africaine a atteint 2,1 milliards de dollars en 2024, contre 1,8 milliard en 2023.
Mohamed Magid, directeur exécutif du Conseil d’exportation des industries chimiques, a confirmé que le volume total des exportations de produits chimiques vers les pays africains devrait s’élever à environ 2 milliards de dollars d’ici fin 2024, soit une croissance de 11 % par rapport à 2023. Il a précisé que ces exportations représentent 23 % du total des exportations du secteur chimique.

Il a ajouté que les exportations vers l’Afrique subsaharienne représentent 5 % du total, ce qui constitue une performance remarquable compte tenu des difficultés rencontrées par le secteur à l’exportation, notamment les coûts élevés du transport maritime et terrestre, en particulier vers les pays enclavés, ainsi que l’augmentation des risques et des exigences en matière d’assurance.
Il a exhorté les exportateurs du secteur à établir des centres commerciaux permanents, avec une présence constante de représentants de l’entreprise. Cette mesure permettrait de dynamiser l’expansion sur les marchés africains et de doubler les exportations, la disponibilité immédiate des produits étant la clé du succès en Afrique. Le Dr Tamim El-Dawy, directeur exécutif du Conseil d’exportation des industries alimentaires, affirme que le Conseil a un plan clair pour se développer sur le marché africain, considéré comme l’un des plus prometteurs pour les exportations égyptiennes, notamment suite aux accords commerciaux qui faciliteront leur circulation. Il a indiqué que le Conseil avait organisé sa première mission commerciale en Afrique du Sud en mai dernier, avec la participation du Dr Tarek El-Houby, directeur de l’Autorité de sécurité sanitaire des aliments, et accompagnée de 30 entreprises égyptiennes, afin d’identifier les besoins et les normes du marché. Il a souligné que cette mission a été l’une des visites les plus fructueuses en matière d’ouverture de nouvelles perspectives d’exportation, dans le cadre de l’activation de l’Accord de libre-échange continental (ALECA) et de son entrée en vigueur.





