Chaque année, à l’arrivée du mois sacré de Ramadan, les écrans de télévision en Égypte se transforment : les chaînes rivalisent d’audace pour captiver un public particulièrement attaché au petit écran après l’iftar. Dans cette période de forte audience, un genre télévisuel s’impose avec une constance surprenante : les émissions de farces (« prank shows »), conçues pour surprendre, choquer… et divertir des millions de téléspectateurs.

Par : Hanaa Khachaba
Ces programmes, qui mélangent humour, suspense et réactions humaines imprévues, ont pris une place importante dans la grille de diffusion des grandes chaînes égyptiennes. Les règles semblent simples : attirer des célébrités ou des invités ordinaires dans une situation artificielle, souvent extrême ou absurde, filmer leurs réactions avec des caméras cachées, puis diffuser l’ensemble dans un format télévisuel rythmé. Pour le public, ces émissions deviennent rapidement un rendez-vous quotidien, parfois même plus attendu que les séries dramatiques ou comédies spécialement produites pour le Ramadan.
Mais parmi toutes ces émissions de farces, une se détache particulièrement par son impact médiatique, ses audiences massives et… les controverses qu’elle génère. À chaque Ramadan, le nom de Ramez Galal revient sur toutes les lèvres des téléspectateurs : certains le regardent avec impatience, surtout les jeunes, tandis que d’autres dénoncent une forme de divertissement jugée trop agressive ou irrespectueuse.
Depuis plusieurs années, Ramez Galal s’est construit une marque de fabrique autour des émissions de farces les plus spectaculaires du pays. Chaque nouvelle saison est accompagnée d’un titre évocateur, d’un concept plus audacieux que le précédent, et d’une campagne de promotion qui attise la curiosité. Les séquences filmées — souvent mettant en scène des personnalités publiques ou des célébrités invitées à participer sans savoir ce qui les attend — suscitent des pics d’audience impressionnants dès les premières semaines de Ramadan.
Pour de nombreux jeunes spectateurs égyptiens, ces émissions représentent un divertissement léger : un moyen de rire après une longue journée de jeûne, de partager des moments viraux sur les réseaux sociaux, et de commenter en direct avec leurs amis. Les réactions des piégés — qu’elles soient de surprise, de peur ou de frustration — sont des éléments clés qui font le succès de ces formats et qui nourrissent les discussions en ligne.
Cependant, ce succès populaire va de pair avec une critique acerbe et un tollé récurrent. Chaque année, des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles estiment être des dérives du genre. La violence apparente dans certains canulars, les humiliations subies par les invités, ou encore des blagues jugées déplacées envers des femmes ont déclenché des réactions négatives. Récemment encore, l’une des émissions de Ramez Galal a fait l’objet d’un large débat public après qu’une actrice a intenté une action en justice, accusant la production de remarques offensantes et de comportements inappropriés envers elle, y compris des propos jugés humiliants et des gestes non consensuels ; cet épisode a même conduit certaines organisations à demander l’arrêt de la diffusion et à critiquer le traitement réservé aux participants à l’antenne.
Les critiques ne se limitent pas aux réactions individuelles : des députés et des associations de défense des droits ont appelé au respect de la dignité humaine dans ces émissions, estimant que l’objectif de la télévision devrait être d’élever plutôt que de rabaisser ou d’exposer gratuitement des individus au ridicule. Certaines voix ont affirmé que de telles émissions peuvent encourager des comportements dangereux ou normaliser des formes d’humiliation pour le simple plaisir des téléspectateurs.
Malgré ces controverses répétées, l’émission reste l’une des plus regardées du Ramadan, en particulier auprès des jeunes générations. Les chiffres d’audience, lorsqu’ils sont publiés, montrent que ces programmes attirent des millions de téléspectateurs à travers le pays, qui se connectent chaque soir pour découvrir les nouvelles farces et réactions. Sur les réseaux sociaux, les extraits deviennent viraux, donnant lieu à des memes, des commentaires passionnés et parfois des polémiques encore plus vives que l’émission elle-même.
Ce paradoxe — entre une popularité incontestable et des critiques incessantes — illustre parfaitement l’ambivalence du public égyptien envers ce genre télévisuel. Pour certains, ces émissions sont simplement du divertissement populaire, un spectacle inoffensif qui permet de rire ensemble pendant le mois saint. Pour d’autres, elles soulèvent des questions éthiques importantes sur la responsabilité des médias, le respect des personnes filmées et les limites du rire.
À l’heure où les chaînes continuent d’investir dans ce type de contenus, il est probable que ce débat perdure. Les émissions de farces au Ramadan ne sont pas près de disparaître des écrans égyptiens, mais leur évolution et la manière dont elles répondent aux critiques seront sans doute au cœur des discussions des années à venir.

• Ramez Level Al-Wahsh (MBC Masr)
• Pour Ramadan 2026, Ramez Galal revient avec un nouveau concept baptisé Ramez Level Al-Wahsh (Le Niveau de la Bête), diffusé quotidiennement sur MBC Masr.
• Fidèle à sa formule, le programme met en scène des personnalités publiques — acteurs, sportifs, animateurs — piégées dans des situations intense et spectaculaires, souvent panique ou danger simulé, captées par des caméras cachées.
• La présentation très visuelle du concept et le suspense permanent ont suscité une forte curiosité avant même la diffusion — preuve d’une attente importante parmi les jeunes téléspectateurs.
Chiffres et audience :
• Bien que les données officielles d’audience pour 2026 ne soient pas encore publiées, les émissions de Ramez Galal ont historiquement dominé les audiences du Ramadan, avec des millions de vues chaque saison au Moyen-Orient.
• Les extraits et teasers partagés sur YouTube et les réseaux sociaux parviennent souvent à des dizaines de milliers à des millions de vues, démontrant l’intérêt massif du public jeune notamment.
Autres formats de farces populaires
• Crazy Taxi / Crazy Woman — des formats plus légers présents surtout en ligne ou sur des plateformes de streaming, où des comédiens jouent des tours à des passagers de taxi ou à des passants, suscitant rires et partages sur les réseaux sociaux.
• Fasel Wa Nowasil — une émission jouant sur l’autodérision et l’interaction entre célébrités, où l’humour est moins centré sur la peur que sur la satire amicale.
Un phénomène social autant qu’audiovisuel
Les émissions de prank shows, surtout celles de Ramez Galal, font l’objet de débat public intense chaque année, et ce double phénomène est devenu l’un des marqueurs du Ramadan à la télévision égyptienne :
Un succès d’audience incontestable
• Malgré les critiques, ces émissions rassemblent souvent les plus fortes audiences du Ramadan, avec une forte présence sur les réseaux sociaux, en particulier auprès des jeunes qui commentent et partagent les extraits après l’iftar.
Des critiques persistantes
• De nombreux téléspectateurs et observateurs estiment que certaines mises en scène dépassent parfois les limites de l’humour, frôlant l’humiliation ou le malaise chez les personnalités piégées.
• Par le passé, certaines saisons de Ramez Galalont déclenché des forces critiques forte, allant de plaintes juridiques à des appels publics contre les méthodes employées, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias.
Pourquoi ce succès ?
Pour beaucoup de jeunes, ces émissions sont un moyen de partager un moment « léger » après une longue journée de jeûne : l’humour, le suspense et les réactions spontanées des invités deviennent matière à discussion, moquerie affectueuse, ou simple divertissement. En outre, la diffusion quotidienne crée un rendez-vous social pendant le Ramadan, un moment de détente collective autour des écrans.





