Toughane est l’un des pionniers de la caricature. Il est d’ailleurs l’un des étrangers qui ont laissé une empreinte dans ce domaine en Egypte à une époque particulière. Qui oublierait Santis l’espagnol, Saroukhane l’arménien, Rifqi le turc. Après cette génération, il y a eu Rakha, Abdel-Sam’ie et avec eux la plume d’or Toughane. Jeune homme encore, il avait été fasciné par les traits et les couleurs au point de décider de devenir un dessinateur. Il est né à une phase historiquement importante : à l’époque où la colonisation contrôlait encore l’Egypte. Alors, a-t-il décidé d’exploiter son art et son talent au service de la défense de la patrie. A l’origine, son père était officier de police, il souhaitait voir son fils avocat ou officier. Il espérait que son fils poursuive ses études à l’Ecole de Droit, la porte royale à l’ascension sociale à cette époque.

Toughane était passionné par le dessin. Le destin l’avait choisi pour devenir l’une des plus grandes plumes de la caricature en Egypte, dans le monde arabe et à l’échelle planétaire. Ainsi, a-t-il utilisé sa plume avec force dans les journaux et les magazines où il a travaillé. Rien ne pouvait l’arrêter. Il allait et venait dans des zones pleinement marquées par des événements majeurs comme la guerre d’Algérie, la guerre du Yémen. Sa plume ne connaissait ni répit, ni arrêt.

Lorsque le président Sadate a pensé à créer le journal Al-Gomhouriya, il était l’un des pionniers du nouveau journal. Chaque fois qu’on lui proposait des postes clés, il choisissait uniquement d’être un dessinateur. Pour lui, c’était le métier le plus noble car le peuple a besoin de ceux qui expriment leurs émotions, et les caricaturistes sont les mieux placés pour le faire. Ami de l’écrivain humoristique Mahmoud Al-Saadani, il a créé un grand nombre de magazines satiriques. Pourtant, ces projets n’ont pas pu tenir le coup longtemps par manque de financement. Toutefois, ces tentatives ont finalement porté fruits lorsqu’il est parvenu à persuader l’homme d’affaires, l’ingénieur Yéhia Zidane à financer un magazine spécialisé dans l’art de la caricature. C’était le magazine le plus réussi en la matière dans le monde arabe et il a pu le co-présider avec l’artiste Mustapha Hussein.
A l’âge de 80 ans, il avait une nostalgie incomparable à son enfance. Ainsi a-t-il organisé une exposition sous le thème « Souvenirs d’antan ». Il a dessiné tous les tableaux de l’exposition tenue à la salle Picasso. Au cours de la même année, il s’est vu attribuer le prix du Nil. Il s’agit du plus grand prix attribué à un artiste égyptien.

L’artiste raconte que cette exposition lui a permis de gagner beaucoup d’argent, alors que sa femme lui reprochait d’avoir perdu sa vie pour l’art de la caricature. Il lui disait : « La caricature ne rapporte pas de l’argent, en plus de l’hostilité au pouvoir, et les pauvres qu’il défend ne pense pas à s’approprier même gratuitement ses œuvres ». Et, pourtant, Toughane a assuré que s’il lui fallait faire le chemin à l’envers, il ferait les mêmes choix. « Je serai toujours la voix qui les défend, qui défend leurs rêves et leur aspiration », avait-il dit.
Cet article survient maintenant à l’occasion d’une exposition qui sera prochainement organisée par le Progrès Egyptien pour rendre hommage à un nombre de caricaturistes dont Toughane, le chevalier de la caricature et de la créativité en Egypte et dans le monde arabe.








