L’ancien ministre ukrainien de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, cherche à attirer des investissements américains pour créer un fonds spécialisé dans les technologies de défense. Celui-ci aurait pour objectif de créer et de gérer des entreprises développant de nouvelles armes susceptibles de renforcer la capacité de Kyiv à faire face à la Russie, alors que l’Ukraine souffre d’un grave manque de certains systèmes de défense et de munitions, selon le quotidien britannique Financial Times.
Dans un entretien accordé au journal à Washington, Fedorov a déclaré que le fonds proposé s’appuierait sur des capitaux occidentaux pour développer des technologies militaires essentielles à l’Ukraine. Selon lui, ce projet pourrait contribuer à « écrire une nouvelle page de l’histoire de la guerre », en mettant au point des outils mieux adaptés à la nature actuelle des combats.
Un fonds de défense
Fedorov a expliqué que le projet ne serait pas un fonds traditionnel de capital-risque. Il aurait la capacité de créer lui-même de nouvelles entreprises, tout en investissant dans des start-up ukrainiennes déjà existantes, avec pour priorité le développement de technologies pouvant être utilisées directement sur le champ de bataille.
Il a indiqué être en discussions avec de nombreux investisseurs potentiels, notamment des entreprises technologiques américaines, des fonds d’investissement et des investisseurs privés, afin de réunir les financements nécessaires au lancement du projet et au renforcement des capacités de l’industrie de défense ukrainienne.
Fedorov a identifié trois domaines prioritaires : les robots de combat afin de réduire la dépendance de l’Ukraine aux effectifs humains, les drones intercepteurs rapides et peu coûteux capables de contrer les drones russes modernes, ainsi que des missiles à bas coût dotés de capacités d’intelligence artificielle.
Des missiles Patriot en échange de technologies
Fedorov a également évoqué la possibilité d’une coopération avec les États-Unis pour développer les capacités ukrainiennes en matière de drones, en échange de missiles intercepteurs destinés aux systèmes « Patriot », dont Kyiv a un besoin urgent pour faire face aux missiles balistiques russes.
Il a déclaré être prêt à aider les États-Unis à « construire une armée de drones », notamment si cette coopération permettait à l’Ukraine d’obtenir des missiles Patriot durant les mois d’hiver.
Kyiv souffre déjà d’une importante pénurie de missiles intercepteurs, alors que les attaques russes combinant missiles balistiques et drones se sont intensifiées. L’épuisement des stocks américains et mondiaux en raison de la guerre avec l’Iran a également compliqué l’obtention de nouvelles livraisons.
« Nous perdons progressivement la guerre »
Fedorov a suscité une vive polémique en Ukraine après avoir été limogé de son poste de ministre de la Défense le mois dernier. Il a également provoqué de nouvelles critiques en affirmant que son pays « perd progressivement et lentement » la guerre contre la Russie, après avoir déclaré au printemps que la dynamique du conflit commençait à pencher en faveur de Kyiv.
Dans son entretien avec le journal, Fedorov a souligné que la situation pouvait évoluer d’un mois à l’autre. Il a toutefois averti que l’intensification de l’utilisation par la Russie de missiles et de drones sophistiqués constituait un défi majeur. Selon lui, l’Ukraine risque de subir des frappes dévastatrices si elle ne prend pas rapidement des mesures pour résoudre ces problèmes.
Il a ajouté que la poursuite des frappes à longue portée contre des cibles situées en Russie constituait, à ses yeux, l’un des moyens les plus efficaces de pousser le président russe Vladimir Poutine à mettre fin à la guerre. Mais cela nécessiterait davantage d’investissements dans les armes utilisées pour mener ces opérations.
Un conflit politique
Fedorov était l’une des principales figures du développement du secteur ukrainien des drones avant d’être relevé de ses fonctions par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans le contexte de désaccords concernant la mobilisation militaire et ses relations avec le commandement des forces armées.
Sa destitution a provoqué des protestations dans le pays. L’ancien ministre est ensuite devenu l’une des voix les plus critiques à l’égard des politiques gouvernementales, appelant notamment à l’organisation d’élections nationales pendant la guerre et rompant avec une tradition politique consistant à éviter les critiques publiques en période de conflit.
Fedorov a, de son côté, défendu ses positions, affirmant que son objectif n’était pas de s’opposer personnellement à Zelensky, mais de « moderniser le système d’exploitation de l’État » afin de permettre au pays de s’adapter aux exigences de la guerre et aux nouveaux défis.
Des partenariats avec l’étranger
Après son départ du gouvernement, Fedorov a cherché à établir des relations directes avec des partenaires occidentaux. Il a récemment annoncé qu’il travaillerait comme conseiller bénévole auprès du ministre italien de la Défense et a indiqué qu’il pourrait envisager des fonctions similaires auprès de la France, des États-Unis et d’autres pays.
Ces initiatives ont suscité des inquiétudes chez certains députés ukrainiens, qui craignent d’éventuelles fuites d’informations militaires sensibles. Fedorov estime toutefois que la coopération avec des gouvernements étrangers peut ouvrir la voie à de nouveaux partenariats, notamment avec des pays disposant de capacités de défense dont l’Ukraine ne dispose pas.
De nouvelles technologies
Fedorov considère les drones comme l’une des armes ayant le plus profondément transformé la guerre. Il a indiqué que des drones intercepteurs à grande vitesse, capables d’abattre les drones russes à réaction, avaient déjà été testés en Ukraine et pourraient être produits à grande échelle si les financements nécessaires étaient disponibles.
Il a également évoqué la possibilité d’utiliser des drones équipés du service « Starlink » pour cibler à longue distance les plateformes russes de lancement de missiles balistiques à l’intérieur du territoire russe. Une telle initiative nécessiterait toutefois une autorisation politique américaine.
Selon Fedorov, l’Ukraine a besoin de davantage de drones à réaction, de missiles à bas coût et de missiles dotés d’intelligence artificielle. Il estime que le dialogue avec Poutine ne suffira pas à lui seul et que la pression militaire reste nécessaire pour pousser Moscou à mettre fin à la guerre.
Source: AlQahera News





