Dans l’architecture globale de la Nouvelle République, la politique étrangère de l’Egypte ne se limite plus à une fonction de représentation ou de médiation ponctuelle. Elle devient un levier stratégique de développement, de sécurité et de rayonnement, étroitement articulé aux priorités nationales. La diplomatie égyptienne s’inscrit dans une approche globale, proactive et équilibrée, fondée sur la souveraineté nationale, la non-ingérence, le respect du droit international et la défense des intérêts vitaux de l’Etat.
Par : Hanaa Khachaba
Politique étrangère : Continuité stratégique et centralité régionale
La diplomatie égyptienne de la « Nouvelle République » repose sur une doctrine claire : l’Egypte est un Etat pivot, dont la stabilité interne et la crédibilité institutionnelle renforcent son poids extérieur. Cette vision se traduit par une présence diplomatique active sur les dossiers régionaux majeurs (Palestine, Libye, Soudan, Corne de l’Afrique), une diversification des partenariats internationaux et une diplomatie fondée sur la continuité stratégique plutôt que sur la réaction.
L’Egypte agit ainsi comme un acteur de médiation, de prévention des crises et de soutien aux solutions politiques, tout en défendant fermement le principe de l’Etat national et de la souveraineté des institutions.
Gaza : Un pilier diplomatique et humanitaire incontournable
Dans la crise persistante de la bande de Gaza, l’Egypte s’impose comme l’acteur régional le plus constant et le plus crédible. Grâce à sa position géographique et à son poids politique, Le Caire joue un rôle central dans la médiation entre les différentes parties palestiniennes et Israël, œuvrant sans relâche à l’instauration de cessez-le-feu durables et à la prévention d’un embrasement régional.
Parallèlement, l’Egypte demeure la principale porte d’entrée de l’aide humanitaire, via le point de passage de Rafah, facilitant l’acheminement des secours, l’évacuation des blessés et la coordination avec les organisations internationales.
Libye : Médiateur clé pour l’unité et la stabilité
En Libye, l’Egypte mène une diplomatie patiente et structurée visant à préserver l’unité de l’Etat libyen. Elle accueille régulièrement des rounds de dialogue interlibyen et soutient les efforts onusiens pour rapprocher les positions des institutions rivales, convaincue que la stabilité de la Libye est indissociable de celle de son voisinage immédiat. Le Caire insiste sur la nécessité de démanteler les milices, de mettre fin aux ingérences étrangères et de relancer un processus politique inclusif conduisant à des élections crédibles.
Soudan : Diplomatie de désescalade et engagement humanitaire
Face à la crise aiguë que traverse le Soudan, l’Egypte déploie une diplomatie active en faveur d’un arrêt immédiat des combats et d’un retour au dialogue politique. Elle multiplie les consultations avec les parties soudanaises et les acteurs régionaux, cherchant à prévenir l’effondrement total de l’Etat et ses répercussions sur la sécurité régionale. En parallèle, Le Caire assume un rôle humanitaire majeur en accueillant des centaines de milliers de réfugiés soudanais et en plaidant pour un accès sécurisé de l’aide internationale.
Corne de l’Afrique : Défense de la stabilité et du multilatéralisme
Dans la Corne de l’Afrique, l’Egypte adopte une approche stratégique axée sur la prévention des conflits et la protection de la sécurité de la mer Rouge, artère vitale du commerce mondial. Elle œuvre au renforcement de la coordination régionale et soutient les mécanismes africains de règlement pacifique des différends. Le Caire défend également une gestion équilibrée des ressources et des intérêts sécuritaires, estimant que la stabilité de la Corne de l’Afrique est un pilier essentiel de la sécurité collective africaine et arabe.
Somalie : Soutien à l’Etat et à la lutte contre l’extrémisme
En Somalie, l’Egypte soutient activement les institutions fédérales et les efforts de reconstruction de l’Etat. Elle appuie la formation des cadres, le renforcement des capacités sécuritaires et la coopération dans la lutte contre le terrorisme, considérant la stabilité somalienne comme un enjeu régional majeur. Sur le plan diplomatique, Le Caire plaide pour une approche inclusive favorisant la réconciliation nationale et l’ancrage de la Somalie dans son environnement africain et arabe.
Ø Diversification des partenariats internationaux
La diplomatie conduite par le ministre des Affaires étrangères, Badr Abdel Aati, accorde une importance majeure à la diversification des partenariats, considérée comme une garantie de l’autonomie stratégique de l’Egypte. Cette orientation s’est matérialisée par le renforcement des relations avec les pays émergents, l’intégration active aux cadres de coopération Sud-Sud, ainsi que par l’approfondissement des relations avec les grandes puissances internationales sur la base d’intérêts équilibrés et réciproques.
Dans ce cadre, l’Egypte a consolidé ses liens avec les pays arabes du Golfe, intensifié sa coopération avec l’Afrique, renforcé ses partenariats asiatiques et élevé ses relations avec l’Union européenne au rang de partenariat stratégique global, traduisant la reconnaissance internationale du rôle stabilisateur du pays. La politique étrangère égyptienne s’appuie également sur une diplomatie économique active, mobilisant les ambassades et missions diplomatiques comme plateformes de promotion des investissements, du commerce et des grands projets nationaux.
Sur le plan Sud-Sud, l’Egypte a consolidé son rapprochement avec les pays émergents, notamment à travers l’élargissement des mécanismes de coopération avec le groupe des BRICS, ainsi que son adhésion à la New Development Bank, ouvrant de nouvelles perspectives de financement du développement et de coopération économique. Ces partenariats offrent au Caire des alternatives crédibles aux circuits traditionnels, tout en renforçant les échanges commerciaux et industriels.
Parallèlement, les relations avec les pays arabes du Golfe ont connu une accélération notable. Les partenariats avec les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont été élevés à un niveau stratégique, reposant sur des investissements directs, des projets conjoints dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et de la sécurité alimentaire, ainsi que sur une coordination politique renforcée.
L’Egypte a également approfondi ses relations avec des partenaires asiatiques majeurs, au premier rang desquels la Chine et l’Inde, à travers des accords économiques, industriels et technologiques, faisant du pays une plate-forme régionale d’échanges entre l’Afrique, l’Asie et la Méditerranée. Dans le même temps, les partenariats historiques avec la Russie ont été maintenus et consolidés dans une logique d’équilibre stratégique.
Sur le plan euro-méditerranéen, l’élévation des relations avec l’Union européenne au rang de partenariat stratégique global marque une reconnaissance du rôle stabilisateur de l’Egypte et de son importance dans les équations régionales.
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Une diplomatie égyptienne équilibrée :
Vers des solutions politiques durables
Le rôle égyptien dans le soutien à la paix et à la stabilité régionales demeure un modèle de politique équilibrée et responsable, conciliant la protection des intérêts nationaux et l’engagement envers son rôle historique dans son environnement régional, contribuant ainsi à la construction d’un avenir plus sûr et plus stable pour les peuples de la région.
Par : Alia Abul Ezz
L’Égypte joue un rôle central et historique dans le soutien de la paix et la stabilité aux niveaux régional et international, grâce à sa situation politique, sa position géographique stratégique et son rôle civilisationnel profondément enraciné à travers les âges.
Ce rôle s’est renforcé nettement dans le cadre de la Nouvelle République, qui a adopté une vision globale de la sécurité nationale dépassant le concept traditionnel de la sécurité militaire pour englober les dimensions politique, économique, sociale et développementale.
Dans ce contexte, la sécurité est envisagée comme un système intégré, où la stabilité politique est indissociable du développement économique, et où la justice sociale ne peut être réalisée séparément de la sécurité sociétale. Pour cet objectif l’Egypte était soucieuse de fonder un État fort et moderne, capable de faire face aux défis internes et régionaux, et de contribuer efficacement à la stabilité de son environnement arabe, africain et méditerranéen.
La diplomatie égyptienne repose sur une approche équilibrée fondée sur le dialogue et la médiation en tant que choix stratégique pour le règlement des conflits, loin de toute logique de confrontation ou d’ingérence dans les affaires intérieures des États. L’Égypte a ainsi joué des rôles fondamentaux dans la médiation visant à résoudre de nombreuses crises régionales, vu que les solutions politiques pacifiques constituent la voie la plus durable pour instaurer la paix.
Par ailleurs, l’Égypte réaffirme constamment son soutien aux États nationaux et à leurs institutions légitimes, considérés comme le pilier fondamental pour préserver l’unité des États et empêcher leur fragmentation. A cet égard, elle rejette toute tentative de déstabilisation des États ou d’imposition de solutions extérieures ne tenant pas compte des spécificités des peuples et de leurs intérêts nationaux.
Quant à la lutte contre le terrorisme, l’Égypte adopte une stratégie globale qui repose sur une réponse sécuritaire rigoureuse et le traitement des causes intellectuelles, sociales et économiques de l’extrémisme. Elle participe également aux efforts régionaux et internationaux de la lutte contre le terrorisme, convaincue que ce phénomène constitue une menace transfrontalière qui ne peut être combattue que par une coopération collective et une coordination étroite.
L’Égypte œuvre également à promouvoir des solutions politiques durables aux crises, garantissant une paix juste et globale, préservant les droits des peuples et créant un climat propice à la reconstruction et au développement. Cette orientation reflète la vision stratégique de l’Égypte, selon laquelle la paix véritable ne peut être atteinte que par le développement, le respect de la souveraineté des États et le renforcement des principes du dialogue et de la compréhension mutuelle.
Des politiques climatiques ambitieuses
Au cours des dernières années, l’Égypte s’est imposée comme un acteur majeur et influent de la diplomatie climatique internationale, grâce à son rôle de trait d’union entre l’Afrique et le monde arabe, d’une part, et la communauté internationale, d’autre part. L’État égyptien a ainsi adopté une approche équilibrée des questions climatiques, conciliant la défense des intérêts des pays du Sud et un engagement sérieux en faveur de la transition énergétique et du développement durable.
La vision égyptienne repose sur la conviction profonde que le changement climatique constitue un défi existentiel, en particulier pour les pays en développement, qui contribuent le moins aux émissions de carbone tout en subissant de manière disproportionnée ses conséquences. A cet égard, l’Égypte insiste, au sein des forums internationaux, sur le principe de justice climatique et la nécessité pour les pays développés d’assumer leurs responsabilités historiques, notamment en matière de réduction des émissions ainsi que de financement et de transfert de technologies au profit des pays en développement.
Dans le cadre de son engagement concret, l’Égypte accorde une importance majeure aux dossiers de la transition énergétique et de l’adaptation au changement climatique. Elle a adopté des politiques nationales ambitieuses visant à élargir les projets d’énergies nouvelles et renouvelables, en particulier l’énergie solaire et l’énergie éolienne, contribuant ainsi à la réduction des émissions, au renforcement de la sécurité énergétique et au soutien d’une croissance économique durable. Parallèlement, l’Égypte œuvre au renforcement de ses capacités d’adaptation aux impacts du changement climatique, notamment dans des secteurs vitaux tels que l’agriculture, l’eau et les zones côtières.
L’accueil par l’Égypte de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP27) constitue une étape marquante de son parcours climatique. Cette conférence a offert une plateforme internationale majeure pour porter les préoccupations des pays en développement et mettre en lumière les enjeux de l’adaptation ainsi que des pertes et préjudices, longtemps marginalisés dans les négociations climatiques. Par conséquent, l’Égypte est parvenue à renforcer la voix de l’Afrique et du monde arabe et à promouvoir un meilleur équilibre entre les exigences de l’action climatique et les priorités du développement.
Dans le domaine du financement vert, l’Égypte s’emploie à mobiliser les investissements internationaux et à développer des mécanismes de financement innovants au service des projets climatiques, consciente que la transition verte requiert des ressources financières considérables que les pays en développement ne peuvent assumer seuls.
Sur le plan de la coopération internationale, l’Égypte a renforcé ses partenariats stratégiques avec plusieurs grandes puissances dans le domaine des énergies propres, en particulier la Chine et l’Allemagne, à travers la mise en œuvre de projets communs dans les domaines des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert, du transfert de technologies et du renforcement des capacités. Ces partenariats témoignent de la volonté de l’Égypte de s’ouvrir aux expertises mondiales, de localiser les industries vertes et de créer une valeur ajoutée durable pour l’économie nationale.





