Clin d’oeil
Par Samir Abdel-Ghany











Lors d’une aventure artistique à Alexandrie, ma femme Marwa Ezzedine, notre fils Youssef, et moi-même avons eu l’honneur de rencontrer le grand artiste Esmat Dawestashy. Cet illustre peintre réside à El-Bitash depuis de nombreuses années. Nous nous sommes rendus chez lui pour deux raisons : moi, pour le *Progress* et elle, pour son émission intitulée *Les Gens Formidables*.
Lorsque l’artiste nous a accueillis, une table bien dressée nous attendait, ornée d’assiettes blanches. Dawestashy, homme généreux, nous avait promis un plat de mulet fraîchement pêché.
Youssef, mon fils, était fasciné par les œuvres d’art et les objets de collection de l’artiste. Harbi, son fidèle assistant, nous a ensuite conduits au musée, situé juste en face de l’atelier. Ce lieu regorge d’œuvres d’art complexes, composées de jouets d’enfants recyclés, de bouteilles d’eau vides, de boîtes de médicaments, de rouleaux de papier, de portes, de chaises et de fenêtres anciennes. Dawestashy a une passion pour la collecte d’objets anciens, qu’il intègre dans ses compositions tridimensionnelles, souvent empreintes d’une satire acerbe, critiquant de nombreux aspects de la société. Ses tableaux brisent les conventions et les formes traditionnelles, à la recherche d’une identité personnelle, oscillant entre l’épopée populaire et la légende ancienne, tout en explorant les mystères au-delà du monde tangible.
Dawestashy est une épopée créative que les amateurs d’art célèbrent avec ferveur.
Harbi, son assistant, observait le musée avec un amour palpable dans ses paroles : “Le grand artiste Esmat Dawestashy a subi de nombreuses pressions, et il continue de lutter pour conserver la villa qui abrite ce musée. Pendant les années du Covid, la région s’est transformée, passant de charmantes villas à des immeubles imposants et sans âme, rendant le quartier surpeuplé et méconnaissable. Aujourd’hui, tout le monde convoite la villa de Dawestashy pour y ériger une tour. Mais il refuse et défie toutes les tentations, déterminé à préserver ce musée unique, gardien de son art, de son histoire, et de ses trésors artistiques représentant les différentes étapes de sa carrière. Chaque matin, je viens au musée pour arroser les plantes, nourrir le chien de garde, Agami, et saluer chaque tableau. Nous entreprenons actuellement des rénovations des toits et des murs. Ces travaux nécessitent de grosses sommes d’argent, mais Esmat Dawestashy fait tout son possible pour préserver ce lieu.”
À la fin de notre visite dans ce musée foisonnant d’œuvres majestueuses, ma femme a choisi deux tableaux de la série *La Main*, demandant à l’artiste de les interpréter devant la caméra.
Dawestashy lui a expliqué que la période *La Main* était celle où il s’était pleinement trouvé : “C’est à cette époque que mon univers s’est réellement dessiné, et les critiques ont commencé à parler de la période *La Main* et de l’avant *La Main*. Dans l’un des tableaux, j’ai représenté mes filles, et dans l’autre, ma femme, l’artiste talentueuse Fatma Madkour.”
Lorsqu’elle lui a demandé sa méthode de travail, il lui a proposé de s’asseoir pour lui faire un portrait. Il a apporté des feuilles préalablement colorées à l’huile, lui demandant de choisir celles qui résonnaient le plus avec son univers. Il a ensuite dessiné son visage avec un feutre noir, avant d’appliquer de l’alcool sur les lignes pour créer des ombres. Enfin, il a utilisé du correcteur blanc pour faire ressortir les détails, suscitant l’émerveillement de Youssef, qui n’en croyait pas ses yeux, comme s’il assistait à un acte de magie.
Dawestashy nous a ensuite parlé de sa bibliothèque, remplie de revues et de livres incontournables dans tous les domaines, ainsi que de sa collection d’antiquités, qu’il aime tant, comme les aiguières en cuivre et les vieux fers à repasser. Dans un espace de 40 mètres carrés, il a créé le plus petit musée, dont les murs sont ornés de tableaux de pionniers de l’art moderne en petit format, incluant des œuvres de Mahmoud Saïd, Hassan Soliman, Farouk Hosni, Seif Wanly, Adham Wanly, Guergis Bekhit, George Bahgory, Mohamed Hakam, Fatma Madkour, Effat Nagy, Mohamed Nagy, Abdel Moneim Matawy, et bien d’autres.
Sa salle personnelle, où il peint, abrite une autre bibliothèque, dédiée aux livres d’art, ainsi que son chevalet et ses outils, avec son propre archive méticuleusement organisé.
Il nous a parlé de ses archives papier, dont une grande partie a été numérisée. Cependant, le joyau de sa collection reste sa vidéothèque, qui contient une collection précieuse et rare de films documentaires et d’interviews avec de nombreux créateurs, tels que l’artiste Hussein Bicar, Hassan Soliman, et Salah Taher. Esmat rêve de numériser ces trésors et de les remonter, puis de les rendre accessibles en ligne pour le grand public.
Youssef, étudiant en arts appliqués, était impatient de recevoir un conseil de maître, une leçon de vie.
Dawestashy a posé une main paternelle sur l’épaule de Youssef et lui a dit : “Étudie comme un professionnel… et travaille comme un amateur…”
Le temps s’écoulait rapidement alors qu’il nous parlait des affres de la vieillesse qu’il combat par la peinture et la création. Il nous a confié qu’il ressent toujours une profonde émotion devant chaque nouvelle œuvre, comme s’il la voyait pour la première fois. Avant de partir, l’artiste nous a offert un tableau, un cadeau précieux, en nous disant avec affection : *Créez votre propre collection… Il n’y a rien de plus satisfaisant que de peindre une œuvre ou de l’acquérir… Dans chaque pièce, il y a une partie de l’âme de l’artiste… Mon âme vit entre ces murs…”
Nous avons quitté cet artiste généreux en sentant que nous avions traversé un univers magique, un monde qu’il crée avec amour et simplicité.





