
Il s’appelle King Houndekpinkou, ses qualités rappellent celles de Martin Luther King : détermination, humanisme et vision. Sur son portrait, son visage rayonne d’une intensité calme, soulignée par un regard profond où scintille une énergie presque palpable. En l’écoutant, on perçoit immédiatement cette force intérieure qui jaillit de ses yeux, portée par une culture riche et un sens aigu du message qu’il souhaite transmettre. Il confie au Progrès Égyptien la genèse de son œuvre, évoquant l’idée fondatrice et les détails qui façonnent son identité artistique. Il revient aussi sur les difficultés inattendues surgies quatre jours avant l’exposition — des obstacles qu’il a affrontés avec un courage remarquable et une persévérance inébranlable.
Pour sa première création en Égypte, l’artiste béninois-français K. H. dévoile un Totem de lumière façonné en céramique, écho contemporain à la monumentalité des pyramides de Guizeh. Accueilli « comme à la maison » au sein d’une manufacture égyptienne, il raconte comment ce pays, son paysage et ses énergies ont nourri une œuvre qui célèbre la persévérance, la communauté et l’universalité du geste artistique.
Par : Walaa El-Assrah
LE Progrès Egyptien : Vous dites que cette pièce représente à la fois un retour et une transformation. Pouvez-vous expliquer ce double mouvement ?
King Houndekpinkou : « Toute l’œuvre est née à partir de fragments cassés provenant d’une manufacture du Caire. L’histoire commence le 10 octobre : j’avais façonné une pièce en céramique de mes propres mains, mais elle s’est brisée quatre jours avant l’exposition. Je n’avais plus rien à présenter. »
Face à l’urgence, l’artiste trouve sa solution au cœur même de l’Égypte :
« J’ai décidé de repartir de zéro en utilisant des matières trouvées dans une manufacture cairotes. Ce qui est extraordinaire, c’est que j’ai pu préserver le message initial tout en donnant à l’œuvre une dimension nouvelle. »


Cette nouvelle direction révèle le cœur symbolique de la création :
Cette démarche fait aussi écho à son histoire personnelle :
« L’année dernière, j’ai traversé une période extrêmement difficile qui a profondément bouleversé ma vie. Je me suis senti brisé, moi aussi. »
Cette fracture intime avait déjà nourri son exposition parisienne Let My Soul Shatter :
« Cette exposition était faite de carreaux brisés, de morceaux de bois, d’éclats de céramique. Quand j’ai rénové mon studio à Melun, rien n’a fini à la poubelle. Ces fragments de destruction sont devenus le cœur de mon travail. C’était une manière de montrer que la réparation est déjà une création. »
Le passage du chaos personnel aux pieds des pyramides donne à ce parcours une dimension presque initiatique :
« Après Let My Soul Shatter — qui signifie “Lorsque mon âme se brise” — venir au Caire et créer une œuvre exposée aujourd’hui au pied des pyramides, c’est une histoire totalement réelle. Elle dépasse l’art : c’est une reconstruction humaine. »
L’artiste insiste sur la puissance réparatrice du geste :
« C’est un travail de persévérance, fait à la main. L’être humain peut se reconstruire après avoir vécu des épreuves. »
La création acquiert alors une valeur intime et universelle à la fois :
« Cette œuvre est essentielle pour moi parce qu’elle porte mon histoire personnelle, celle de sa création au Caire, et tout ce qu’elle m’a permis de guérir. Les modifications ajoutées au fil du processus ne font qu’enrichir sa valeur. »
Présenter une œuvre conçue en Égypte avait aussi une importance profonde :
« Pour Art D’Égypte, je ne voulais pas venir avec une pièce née à Paris ou ailleurs. Je voulais créer ici, vivre l’expérience avec les Égyptiens, travailler avec les ouvriers de la manufacture, sentir l’atmosphère du Caire. Tout cela m’a touché au cœur. »
La sincérité devient la clé de son processus :
« Je pense que c’est ma plus belle création, justement parce qu’elle est vraie. Pour moi, l’art sert à partager avec le monde nos émotions. Et à mon avis, plus c’est vrai, plus c’est magnifique. »
L.P.E : Que signifie le “Totem” dans votre démarche artistique et comment dialogue-t-il avec les pyramides ?
K. H : « Travailler en Égypte est un privilège immense. Je me sens profondément reconnaissant envers la manufacture de céramique qui m’a accueilli comme si j’étais chez moi. C’est la première fois que je viens, que j’expose et que je crée une pièce ici, et j’ai immédiatement senti une connexion particulière avec ce pays. »



*L’œuvre a été construite morceau après morceau, à l’image des pyramides érigées pierre après pierre. Elle est composée de fragments de céramique brisés et recomposés, un véritable travail collectif. « Pour moi, c’est une métaphore d’une communauté qui avance ensemble vers un but commun. »
La pièce se fond dans la masse du paysage : « Il y a un écho visuel entre la géométrie triangulaire des pyramides et la verticalité simple de mon totem de lumière. Le plateau de Guizeh est un décor extraordinaire, presque sacré. Le fait de pouvoir y inscrire mon œuvre est une expérience inoubliable. »
La texture, entièrement façonnée à la main, exprime la naturalité et les vibrations humaines : « Ce n’est pas un objet industriel : c’est une pièce dans laquelle l’être humain infuse son âme. »
L.P.E : Le choix de la céramique est très symbolique. Pourquoi ce matériau face aux pyramides ?
K. H : « La céramique est mon matériau de cœur. Elle m’a révélé au monde et me soigne. L’argile vient de l’érosion des roches, des matières anciennes chargées de savoir. »
Il rappelle que, historiquement, « les premières traces de céramique remontent à 30 000 ans en Moravie (République Tchèque), où on utilisait l’argile pour interroger l’avenir. »
« C’est une matière universelle. Elle me permet de créer des ponts avec des cultures qui ne parlent même pas ma langue… et ici, en Égypte, cette matière retrouve naturellement sa place. »
L.P.E : Quel message souhaitez-vous transmettre à travers l’œuvre ?
K. H :« Le Totem blanc de lumière symbolise la persévérance : ne jamais abandonner, ne jamais baisser les bras. Cette pièce m’a aidé à rayer le mot “impossible” de mon vocabulaire. »
« Ici, en regardant les pyramides, on oublie totalement le mot impossible. »

L.P.E : Pourquoi avoir choisi le blanc ?
K. H : « Le blanc était essentiel pour créer un contraste avec les pyramides. Je ne cherchais pas la pureté, mais la neutralité. Et rien n’est plus neutre que le blanc. »
L.P.E : Vos racines béninoises et françaises nourrissent-elles cette œuvre ?
K. H :« Je suis traversé par toutes les cultures que j’ai vécues : béninoise, française, japonaise… Et aujourd’hui, je peux dire que l’Égypte s’ajoute à ma peau. »
« Ici, je me sens dans une nouvelle maison. La manufacture m’a accueilli avec un respect et une chaleur incroyables. »
« Tout cela se retrouve dans mes œuvres, qui parlent un langage universel. »
L.P.E : La lumière occupe une place centrale dans votre création. Que représente-t-elle ?

K. H :« La lumière, c’est le chemin, l’espoir, l’endurance. Avant d’être un artiste, je suis un être humain avec des émotions que je transforme dans la matière. L’art, pour moi, c’est juste la traduction de cette humanité. »
L.P.E : Forever Is Now met en valeur un dialogue mondial. Comment percevez-vous cette rencontre des cultures face aux pyramides ?
K. H :« Je trouve ça magnifique. Dix artistes de dix pays, réunis autour des pyramides… c’est la preuve que ces monuments sont universels. »
« L’Égypte offre un dialogue unique entre passé et présent, entre cultures du monde entier. Participer à cela est un honneur immense. »




