Par Saja Mohammed
Devant mon miroir, je ne vois qu’une inconnue. À 35 ans, mon visage est buriné ; je me sens vieille de 87 ans. Je relis les pages jaunies de mon journal, là où mon sang s’est glacé.
13 janvier 2004 : J’ai 13 ans. C’est mon anniversaire, mais mon père en fait mon enterrement en me mariant à un inconnu. Ma robe est blanche, mais mon avenir est noir. Ma mère est morte en tentant de me défendre ; je reste seule face à ce « démon » à la carrure de montagne.
13 janvier 2005 : À 14 ans, je suis une servante brisée. Les coups de mon mari ont fissuré mon visage comme du verre. Le sang est devenu mon seul décor.
13 septembre 2006 : Seule dans le noir, j’accouche dans une douleur déchirante pendant que mon mari parie de l’argent au salon. Un cri s’élève : Mélissa est née. Je parie sa vie contre l’horreur.
15 janvier 2007 : Mélissa n’est plus. Elle pleurait de faim, il l’a frappée à mort. Son sang a coulé entre mes mains sans que je puisse sortir pour l’aider. Janvier est le mois des morts.
15 janvier 2008 : Mon père, en visite, rit de mon calvaire et ordonne qu’on me prive de nourriture. Ce fut l’étincelle. Quand le monstre s’est retrouvé seul, j’ai saisi le couteau. Chaque coup porté était une libération ; son sang était ma gloire.
Aujourd’hui, derrière les barreaux, je ferme les yeux : « Prends-moi, maman, vers l’autre vie. » Les pages de mon journal s’envolent, emportant mes chagrins dans le vent.
Fin





