

Dans le calme feutré de Zamalek, là où le Nil semble ralentir son souffle pour mieux écouter la ville, la galerie Khan Al-Maghrabi ouvre un espace rare : celui d’un dialogue intérieur. « Dialogue artistique », tel est le titre de l’exposition qui s’y déploie du 27 janvier au 12 février 2026, et dont la vocation dépasse largement l’accrochage d’œuvres. Ici, l’art ne s’expose pas : il murmure, interroge, convoque la mémoire et invite à une lecture sensible du visible.Parmi les artistes participants, Walid Alaa El-Din, écrivain et artiste plasticien égyptien, occupe une place singulière. Sa démarche, telle que présentée dans le livret de l’exposition, se distingue par une circulation fluide entre l’image et le récit. Chez lui, le regard ne se contente jamais de voir : il lit. Car son œuvre se construit dans cet entre-deux délicat où le visuel s’adosse au langage, où la forme dialogue avec l’idée, et où chaque tableau devient un fragment de narration silencieuse.Loin de toute tentation documentaire, Walid Alaa El-Din ne cherche pas à fixer le monde extérieur dans son immédiateté. Il bâtit plutôt des espaces visuels méditatifs, densément chargés d’affects, où le temps semble suspendu. Ses œuvres suggèrent des instants d’arrêt — non pas des événements, mais des états d’être. La matière, la texture, l’atmosphère générale s’y conjuguent pour éveiller la mémoire, stimuler la pensée et faire affleurer des courants émotionnels profonds. Le récit est bien présent, mais jamais frontal : il se révèle lentement, appelant le spectateur à lire l’image comme on lirait un texte, avec patience, intuition et abandon.Les tableaux présentés dans l’exposition proposent ainsi une narration visuelle contemplative de la condition humaine, oscillant entre matière et esprit. L’artiste y convoque un vocabulaire symbolique puisé dans l’héritage soufi, l’art oriental et l’Égypte antique. Les ailes deviennent métaphore de l’élévation, les couleurs incarnent des états intérieurs, tandis que le bleu — omniprésent — ouvre sur l’infini et la pureté. Ces œuvres ne relèvent pas du réalisme : elles sont des voyages intérieurs, exprimant le désir d’échapper à la pesanteur de la matière pour rejoindre la lumière, la sérénité, et le chemin fragile qui les relie.L’exposition réunit également une constellation d’artistes contemporains : Haitham Abdel-Hafiz, Shady Abdel-Hafiz, Omar Abdel-Zaher, Karim Adel, Karim Raafat, Shaker Al-Idrissi, Wael Hamdan, Fares Ahmed, Mohamed Abdel-Hadi et Mohamed Rahim. Ensemble, ils composent un paysage artistique pluriel, riche de sensibilités et d’approches, qui ouvre largement les portes de la réception esthétique et intellectuelle.Walid Alaa El-Din, écrivain, poète, romancier et artiste plasticien, est titulaire d’un master en journalisme. Il a œuvré au sein de plusieurs institutions culturelles et médiatiques, et son parcours artistique s’est construit à travers de nombreuses expositions collectives et personnelles, en Égypte et à l’étranger. Parmi elles figurent « Cercles de la marge », exposition personnelle à Beit Al-Sinari (Bibliothèque d’Alexandrie, Le Caire, mars 2024), « Trois visions » à l’occasion de la Foire internationale du livre d’Abou Dhabi (avril 2024), « Les jardins de novembre II » à l’Union Art Gallery (Abou Dhabi, novembre 2025), « Fragments de visages » à Beit Al-Hikma (Le Caire, janvier 2025), « Main dans la main » à Al Reem Art Gallery (Dubaï, novembre-décembre 2025), ainsi que « Histoires que nous racontons », exposition collective à Dubaï en 2026.Ces participations successives témoignent d’une présence artistique qui s’affirme avec constance dans le paysage de l’art contemporain, portée par une œuvre qui ne cherche pas à séduire, mais à habiter durablement la conscience de celui qui la rencontre.





